INDEX DES TRAVAUX UNIVERSITAIRES
ET RESUMES DE THESES

L’IHA accueille et soutient des universitaires à tous les stades de la recherche, de la maîtrise à la thèse.

 

TABLE DES TRAVAUX UNIVERSITAIRES

Thèses
 


BERLAND Nicolas
L’histoire du contrôle budgétaire en France. Les fonctions du contrôle budgétaire, influences de l’idéologie, de l’environnement et du management stratégique
Paris IX, 1999 (Prix Comptabilité-contrôle de la Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion dans l’entreprise)

 

BOULLET Daniel
Entreprise et environnement en France de 1960 à 1990 : les chemins d’une prise de conscience
Paris X, 1999
 
CAILLUET Ludovic
Stratégies, structures d’organisation et pratiques de gestion de Pechiney des années 1880 à 1971
Lyon III, 1995 (Prix de la European Business History Association)
 
FROUARD Hélène
Les politiques patronales de logement en France (1894-1944) : de l'initiative privée au devoir national
Paris I, 2003
 
GANEM Pierre-Henri
Stratégies contractuelles des firmes aux fins de sécurisation d’investissements internationaux…(la pratique des grandes firmes d’aluminium dans le montage et la réalisation de projets miniers et métallurgiques principalement en Afrique (1953-54)
Paris X, 1994
Publié par Bruylant
 
HACHEZ-LEROY Florence
L’Aluminium Français, instrument d’une stratégie de groupe (1911-1960)
Paris IV, 1995
Publié par CNRS éditions
 
LARRUE Jacques
Fria en Guinée, première usine d’alumine en terre d’Afrique, des stratégies originelles de 1957 aux perspectives de l’an 2000
Paris I, 1994
Publié par les éditions Karthala
 
LE ROUX Muriel
Évolution des stratégies de recherche d’une grande entreprise française : Pechiney 1886-1975, le cas de l’aluminium
Paris IV, 1996 (Prix de l’Institut d’histoire de l’industrie)
Publié par les éditions Rive Droite
 
LESCLOUS René
Genèse et évolution des sites producteurs d’aluminium - Essai d’interprétation des choix stratégiques de Pechiney et de leur mise en œuvre (1893-1972)
EHESS, 1997
Publié par les Presses de l’École des Mines
 
PEZET Anne
Les fonctions des instruments de la décision d’investir : contribution à
une technologie de l’investissement

Paris IX, 1998 (Prix 2000 de la Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion)
Publié par Economica
 
VINDT Gérard
Histoire sociale d’une entreprise : la compagnie Pechiney (1921-1973)
Paris X, 1999
 
ZIMNOVITCH Henri
Les calculs du prix de revient dans la seconde industrialisation en France
Poitiers, 1997
 
DEA et divers
 


BAUMARD Philippe
Pechiney, un demi-siècle d'intelligence, 1940-1990
1991

BENSADON Didier
La consolidation des comptes chez Pechiney 1960-1985
2002

CAILLUET Ludovic
Jean-Albert Grégoire, ingénieur de l’automobile

1991

CAPPELLO Laurent
Histoire sociale des usines d'alumine en France de 1890 à 1970
2002

CORBIN Astrid
La fortune de l’aluminium dans l’art
1995

DONDIK Eléna
Les premiers bijoux en aluminium. La bijouterie 1854-1900
2003

FREMONT Sébastien
La Revue de L’Aluminium Français et de ses applications (1958-1963) - analyse du domaine : architecture et décoration
1996

FREMONT Sébastien
L’aluminium et son image : un matériau et la modernité
Mémoire de fin d’études d’architecture, 1998

HACHEZ Florence
L’Aluminium Français et sa politique de vente de l’aluminium (1911-1945)
1990

HURE Valérie
Les organisations européennes de l’aluminium : premiers contacts avec des associations à la recherche de leur identité (1953-1984)
1996

LARRUE Jacques
Mémoire sur certains aspects de l'industrialisation de la Guinée
1987

LE ROUX Muriel
Recherche scientifique et innovation technique dans l’industrie de l’aluminium en France aux XIXe et XXe s.
1989

MEUNIER-DENZER Catherine
L'usine et son territoire. L'aluminium et Saint-Jean-de-Maurienne, 45 ans d'histoire
2004

NIFLE Olivier
Pechiney : une politique du personnel ambitieuse, 1936-1982 (finalité et culture, enjeu et stratégie, organisation et régulation)
1991

PELLETIER Grégory
Histoire de la firme Panhard et Levassor des origines à 1967
2000

PEZET Anne
L’évolution du coût d’investissement à la tonne d’aluminium (outils de gestion et choix techniques dans l’industrie française de l’aluminium au XXe s.)
1994

PUIG Gabriel
L’évolution des alliages légers d’aluminium et leur utilisation en architecture
1997

RENAUX Thierry
L'inventaire informatique d'une collection d'objets. Essai de méthodologie d'inventaires informatiques : un exemple, la base de données de la Collection Jean Plateau - Institut pour l'histoire de l'aluminium
2001

SANGARE Franck
Les organisations professionnelles de l'affinage de l'aluminium en France et en Europe de 1939 à 1984
2004

SARDAIS Cyrille
Les pénuries de l'immédiat après-guerre en France. La perception et l'action de trois organisations : la Commission de la main-d'oeuvre du Commissariat au plan, Pechiney, la Régie Renault
2002

TESSIER François
La gestion de l'espace par une firme multinationale. Logiques spatiales, organisation et coordination des activités et des territoires dans le groupe Pechiney
2003

VALETTE-TOURETTE Violaine
L’histoire de l’information et de la communication à Pechiney de 1921 à nos jours
1994

VINCENOT Guillaume
L'argent hongrois. Histoire de l'industrie de l'aluminium en Hongrie, 1925-1975
2002

VINDT Gérard
Histoire sociale d’une entreprise, Pechiney, usines d’aluminium et acteurs
1993

 
Maîtrises
 


ANDRIGHETTO Pascal
Pechiney Ugine Kuhlmann : un grand groupe dans la tourmente (1971-1984)
1997

ASSIÉ Sandrine
L’usine d’alumine de La Barasse de 1906 à 1945
2000

BAL Marie-Françoise
Industrialisation et urbanisation, Ugine au XXe s.
1990
Publié par les Presses universitaires de Grenoble

BALAYE Eddy
Les Établissements Charles Coquillard et la diffusion de la feuille d'aluminium en France et en Europe de 1924 à 1967
2001

BARRAL Corine
La bauxite dans le midi de la France - XIXe-XXe s.
1989

BASTARD Nathalie, CHAFFARD Nathalie
Le paternalisme aux Forges de Crans : nécessité économique ou volonté d’encadrer le personnel ?
1990

BAUMARD Philippe
Surveillance et industrie
1990

BEGUIN Agnès
Innovation technique et développement commercial : le cas de l’aluminium à travers le tube dentifrice
1999

BIEGANSKI Stéphane
1967 : une nouvelle étape pour la concentration de l'industrie française de l'aluminium : l'intégration de la transformation par un producteur, ou les fusions-absorptions de Cégédur et de Tréfimétaux avec Pechiney
2002

BOISSON Christine

Louis Sognot, décorateur du XXe s. : de l’œuvre en général, du mobilier métallique en particulier
1995

BOURGUINAT Nicolas

Conception et exercice d’une politique sociale d’entreprise - Pechiney dans la vallée de l’Arc (1896-1921)
1989

CAILLUET Ludovic
L’aluminium dans le véhicule industriel des origines à la fin des années 1960
1990

CAPPELLO Laurent
L’Établissement Pechiney à Salin-de-Giraud de 1936 à 1939
1995

COCHET Marie-Noëlle
Entre métallurgie et électricité : les Tréfileries et laminoirs du Havre, des origines à 1912
2001

CORBIN Astrid
La présentation de l’aluminium dans les expositions commerciales (1855 - 1954)
1994

DECAMPS Catherine
Pechiney-Gardanne : permanence et mutations d’un site industriel
1994

DELMELLE Laetitia
La presse interne chez Pechiney
2001

ESPARIAT Corinne
Les relations sociales à l’usine de Saint-Auban ( juillet 1916 - juin 1940)
1995

EXBALIN Arnaud
L’année 1936 dans l’industrie de l’aluminium - Déconstruction d’un mythe
1998

FILIPPI Sarah
La création d’Alucam (1951-1962)
1998

FONTEYNE André
Historique de la «Société Industrielle de l’Aluminium» (SIDAL) (1945 - 1971)
1996

FREGANS Emmanuel

L’usine Pechiney de L’Argentière, contribution à l’histoire technique et sociale de l’industrie de l’aluminium
1993

GASC Anne-Sophie

Les Forges de Crans : la transformation d’une entrepriseartisanale indépendante en une société industrielle filiale du groupe Pechiney (1946-1971)
1999

GOLL Frédéric
Histoire de l’aluminium dans l’automobile des origines à 1950
1990

GRUNWALD Françoise
Histoire de la Revue de l’Aluminium (1924-1984)
1991

GUILLON Florence
Henry Merle, biographie d’un entrepreneur (1825-1877)
1993

HANEN Élise
Histoire sociale de la Compagnie Générale du Duralumin et du cuivre, 1943-1967
2002


HOHWALD Catherine
La politique de communication chez Pechiney de 1967 à 1981
2000

KHEDHIRA Maher
L’emboutissage automobile en France 1923-1990
1991

LAMARQUE Sébastien
Aspects locaux d’un grand conflit social : la grève de Pechiney-Noguères (été 1973)
2000

LAMIC Patrick
Évolution économique et technique de l’usine de Saint-Auban (1944 - 1960)
1995

LAURENT Christophe
L’usine de la Société Centrale des Alliages Légers à Issoire, un projet de l’agence Perret en partie réalisé (1939-1950)
1993

LO-FARO Frédéric
Histoire de l’usine d’alumine Saint-Louis-des-Aygalades (1906-1940)
1999

MEITES Line
Les secrétaires de direction chez Pechiney
2002

MEUNIER-DENZER Catherine
Un établissement industriel sous l'Occupation. L'usine d'aluminium de Saint-Jean-de-Maurienne, 1939-1947
2003

NAKOURI Rania
Alumaf, une expérience d’implantation industrielle française à la fin de la période coloniale (1948-1968)
1995

NEGREL Anne
L’alumine dans la France du sud-est - XIXe-XXe s.
1988

NÉTANGE Héloïse
L'introduction du marketing chez Cegédur, 1967-1975
2001

NEUMANN Cédric
Les ingénieurs de l'AFC pendant l'entre-deux-guerres
2001

NIFLE Olivier
Les conceptions du patronat français en matière de gestion des ressources humaines de 1945 à 1970-1975
1990

OTTE Henning
VAW versus Pechiney : les premiers producteurs d’aluminium en France et en Allemagne dans l’âge d’or de l’industrie de l’aluminium (1945-1970)
1998

PAILLEUX Emmauel
Le cycle et l’aluminium, histoire d’une innovation
1998

PAUTHIER Céline
Fria: une ville-usine en Guinée, 1956-1973
2002

POLLIER Christophe

L’usine des Plans et Saint-Jean-de-Maurienne, une histoire d’amour forcée (1906-1939)
1990

PREIDENA Tatiana

Procol et le marché de l'anodisation
2004

RATZEL Eric
L’entreprise et son impact sur le milieu : Dives et son usine
1998

REY Patricia
Les conséquences de l’implantation de l’industrie en milieu rural de montagne, le bassin d’Aigueblanche en Tarentaise. La Société des électrodes et réfractaires de Savoie (1890-1940)
1991

ROUVREAU Nathalie
L’aluminium au service de la femme (1880-1960)
1997

SADOK Katia
L’usine de Chedde de l’implantation en 1896 à la nationalisation en 1982
1996

SANGARE Franck
L'Affinerie de La Courneuve, 1914-1961 (AFFICOUR). Pechiney et le recyclage des métaux non-ferreux en France
2003

SICHERI Fabrice
Installations industrielles et transformations d’une commune alpestre : Livet-et-Gavet, naissance et développement d’un site original (1900-1940)
1990
Publié par les Presses universitaires de Grenoble

SIMON Anthony
Du cuivre en Limousin, la raffinerie du Palais-sur-Vienne (1917 - 1982)
1994

TAUFFREUND Florence
Souvenirs en sol mineur (Un siècle d’extraction de bauxite dans le centre Var)
1996

TESSIER François
L’industrie de l’aluminium en Maurienne : permanences et mutations d’une activité séculaire
2000

TISSOT Didier
Histoire de l’usine électrochimique du Giffre et de son fondateur Jules Barut (1897-1929)
1990

VADOT Raphaël
Histoire de la Manufacture métallurgique de Tournus (1910 - 1985)
1998

VALETTE-TOURETTE Violaine
Éléments d’une histoire de la presse interne chez Pechiney de 1940 à aujourd’hui
1993

VARGEL Geneviève

Histoire administrative et financière de Cegédur, 1943-1968
1993

 
Résumés des thèses
 

BERLAND Nicolas
L’histoire du contrôle budgétaire en France. Les fonctions du contrôle budgétaire, influences de l’idéologie, de l’environnement et du management stratégique

 

Thèse de doctorat en science de gestion de l’université Paris IX-Dauphine, soutenue en 1999, dirigée par Henri BOUQUIN
Prix Comptabilité-contrôle de la Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion dans l’entreprise
Le contrôle budgétaire s’est développé en France à partir des années trente. En 1960, il n’a pas atteint l’amplitude que lui confère habituellement le profane. Cela s’explique par l’examen des institutions idéologiques qui l’ont soutenu. En effet, son rythme de diffusion a été influencé par les changements idéologiques qui ont marqué l’histoire de la pensée managériale. Rompant avec le mode de contrôle social du paternalisme, le contrôle budgétaire s’est construit sur un terreau idéologique teinté de corporatisme, de technocratie puis de relations humaines.
En outre l’établissement de prévisions a rapidement été perçu comme une difficulté majeure liée à l’utilisation des budgets. Aussi, n’est-il pas étonnant que le contrôle budgétaire se soit développé dans un environnement peu turbulent. Les entreprises se servant de budgets ont réussi à diminuer l’incertitude de leur marché par différents moyens (entente, monopole, contrat à long terme) ou en saisissant des opportunités conjoncturelles (forte croissance économique). Le contrôle budgétaire autorisait alors une délégation accrue et facilitait la croissance de la grande entreprise autant qu’il l’accompagnait.
Comme l’ont montré de nombreuses recherches, les fonctions du budget sont multiples et souvent contradictoires. Le contrôle budgétaire peut être utilisé de différentes manières selon la conception que s’en font les dirigeants et les difficultés qu’ils rencontrent dans leur gestion quotidienne. Ces comportements peuvent êtres interprétés en terme de management stratégique. Cette dernière variable apparaît alors comme l’élément permettant de définir trois idéaux types d’utilisation du contrôle budgétaire : contrôle-prévision, contrôle-coordination et contrôle-évaluation.
 

Retour à la liste des thèses
 

BOULLET Daniel
Entreprise et environnement en France de 1960 à 1990 : les chemins d’une prise de conscience

 
Thèse de doctorat d’histoire contemporaine de Paris X-Nanterre, soutenue en 1999, dirigée par Alain PLESSIS.
La prise de conscience de l’importance des questions ayant trait à la protection de l’environnement est manifeste aujourd’hui en France dans le monde des entreprises. Le travail entrepris vise à reconstituer dans le temps la genèse de ce phénomène, à dégager les étapes qui ont pu marquer depuis les années 50 jusqu’à 1990. Il s’efforce d’en déterminer les facteurs : ceux qui sont à rechercher à l’extérieur des entreprises, dans l’action des pouvoirs publics et dans les évolutions de l’opinion, mais aussi ceux qui se sont développés à partir du sein même de l’industrie ; ceux qui témoignent de dynamiques trouvant leur source en France même et ceux qui, en un temps marqué par la construction européenne et par l’internationalisation croissante des économies, portent la marque d’influences étrangères ou internationales.
Une première partie (avant 1960) recense les fondements anciens sur lesquels a pu s’appuyer l’attention portée à l’environnement industriel : ancienneté des règles de droit (droit des établissements, droit de l’eau) applicables aux entreprises, capable de les avoir dotées d’une expérience juridique et administrative néanmoins limitée par les lacunes dont l’application réelle des textes a longtemps fait preuve ; existence dans beaucoup de sociétés industrielles d’une certaine expérience du voisinage (pêcheurs, agriculteurs, citadins, sportifs), forme encore embryonnaire à laquelle s’est longtemps limitée l’appréhension des phénomènes d’opinion ; repérage, pour une époque marquée dans l’industrie par la rareté des motivations internes à agir pour l’environnement, de celles qui avaient déjà pu émerger, même encore faiblement, pouvant deviner en elles différents types de motivations capables d’offrir un fort potentiel de développement, et donc d’éclairer diverses évolutions ultérieures (sécurité, hygiène, utilisation de l’énergie, utilisation de l’eau, productivité). À la fin de ces temps pré-environnementaux, les années 1950 offrent plusieurs signes de changement.
Une deuxième partie, consacrée aux années 1960, commence par l’étude d’un tournant chronologique, entre 1958 et 1961, dont l’origine est double : développement des préoccupations relatives à la pollution atmosphérique et nécessité de fixer une nouvelle politique de l’eau. Ses effets ont été inégaux, plus importants pour l’eau que pour l’air. Grâce à lui, sous l’effet également de la catastrophe de Feyzin, une véritable politique de l’environnement s’impose, où les pouvoirs publics tiennent le rôle principal. Ceux-ci se sont montrés néanmoins systématiquement soucieux de proposer aux entreprises un modèle partenarial, source à la fois de lenteur et de continuité dans leur adaptation. L’opinion connaît dans le même temps diverses mutations, intéressant spécialement les appréhensions des espaces de vie et de loisirs, qui se révéleront à terme importantes pour le monde industriel, même s’il les a peu perçues sur le moment.
Une troisième partie, la principale du travail, est consacrée aux années 1970-1990. L’étude les divise en trois temps. Les années 1970/1976-77 sont celles de l’avènement brusque de l’environnement : retentissement – dans des secteurs importants de l’opinion – du mouvement international de prise de conscience face à la dégradation de l’environnement, dans un contexte qui reste marqué par la proximité des événements de 1968 et la sortie de la décennie gaullienne sous la conduite de Georges Pompidou. De multiples manières (sur des produits, sur des sites ou d’une manière générale), l’industrie s’est trouvée interpellée : parmi des réactions contrastées, les attitudes d’adaptation dominent néanmoins, grâce à quoi certaines en sont venues à prendre en propre des initiatives variées.
Les années 1976-77/1983-84, marquées par d’importantes difficultés économiques, amènent à s’interroger sur l’impact, réel mais néanmoins limité, de la crise sur la prise en compte de l’environnement. Ces années ont en effet correspondu à un temps d’approfondissement des pratiques relevant du souci de sa protection, auquel tout un ensemble de mutations ont contribué : développement du droit et de la jurisprudence de l’environnement, émergence de nouvelles techniques, affirmation du risque technologique majeur et transformations du mouvement écologiste.
Le reste des années 1980 jusqu’à 1990 voit une accélération de toutes ces évolutions. Une raison en est le renforcement du poids, pris dans la vie des entreprises, par le risque industriel majeur. Mais au-delà, tout se conjugue à partir du milieu des années 80, pour amener un nombre croissant d’entreprises à prendre conscience, dans un contexte de plus en plus international, de la triple nécessité réglementaire, sociologique et économique de la prise en compte de l’environnement par l’industrie.
D’origine principalement française, l’adaptation des entreprises aux nécessités de la protection de l’environnement a découlé de décisions prises par les pouvoirs publics au cours des années 60. Cette dynamique française s’est cependant renforcée au fil des ans d’une deuxième dynamique, d’origine extérieure au pays. La source d’influence majeure est toujours demeurée celle de l’État, même si des pressions temporaires de l’opinion ont pu le conduire à franchir telle ou telle étape : d’un cap maintenu avec souplesse mais avec suffisamment de constance, les entreprises ont pu tirer des repères assez clairs pour entamer et poursuivre leur évolution face aux questions environnementales. Nombreuses sont même celles qui en sont venues à tenter de tirer avantage de cette évolution.
Trois observations supplémentaires se dégagent du regard porté au cours de ce travail sur l’histoire de l’environnement industriel en France :
- l’obligation d’abord de remettre en cause l’idée générale, fréquemment exprimée, d’un retard français en matière de protection de l’environnement, qui, du point de vue de l’environnement industriel ne saurait être admise sans nuance.
- La constatation d’une relative imperméabilité du sujet aux aléas des conjonctures, tant politiques qu’économiques, celles-ci n’ayant guère occasionné que des retards ou des accélérations, mais jamais de très profondes remises en cause. Sans doute est-ce le signe d’un ancrage devenu assez solide de ces questions dans le pays et jusque dans la vie quotidienne des entreprises, ce qui ne signifie évidemment pas que le terme donné à cette étude doive être regardé comme la marque d’un quelconque accomplissement d’une évolution achevée.
- La nécessité de relativiser l’impression positive tirée des remarques précédentes : il est permis de se demander si la réussite relative que l’on a pu observer n’a pas été acquise au prix d’une certaine réduction des objectifs fixés à la protection de l’environnement, le plus souvent envisagé sous l’angle limité de la lutte contre les nuisances et les pollutions. Les questions plus larges, qui tiennent à la qualité de la vie des hommes autant qu’à la qualité de l’environnement naturel métrologiquement contrôlé, n’ont-elles pas été pour une part un peu délaissées, la question valant pour le corps social tout entier et évidemment pas pour les seules entreprises, mais valant pour elles tout de même aussi.
 

Retour à la liste des thèses
 

CAILLUET Ludovic
Stratégies, structures d’organisation et pratiques de gestion de Pechiney des années 1880 à 1971

 
Thèse de doctorat en histoire de l'université Louis Lumière Lyon II, soutenue en 1995, dirigée par Henri MORSEL.
Prix de la European Business History Association
Peu de travaux de recherche ont été consacrés, en France, à l'histoire des modes d'organisation et aux techniques de conduite de la firme industrielle au XXe siècle. L'école anglo-saxonne de la business history, dont la figure emblématique est le professeur Alfred D. Chandler Jr, a fourni des apports méthodologiques et documentaires essentiels quant à l'influence réciproque dans la grande entreprise des stratégies, des structures et des instruments de la gestion. Cependant, ce courant utilise un modèle et un milieu très spécifique, celui de la grande entreprise américaine émergente de la fin du XIXe siècle. Il a certes étendu ses recherches aux entreprises européennes et aux périodes postérieures à la Première Guerre mondiale; mais, la France, parce que ses historiens s'intéressaient peu au fonctionnement de l'entreprise, a été jusqu'à présent le parent pauvre de telles synthèses.
Or, nous pensons qu'il existe un modèle français d'évolution des structures et de la gestion des entreprises au XXe siècle. Les firmes dans ce pays ont emprunté souvent aux modèles américains mais n'en sont pas devenues pour autant des copies organisationnelles. L'environnement politique, social et concurrentiel particulier à l'hexagone conditionne un ou des modèles dotés de caractères propres. L'étude de l'évolution des stratégies, des structures et des pratiques de gestion de Pechiney entre les années 1880 et les années 1970 permet d'observer la formation de capacités fonctionnelles d'organisation spécifiques à la grande entreprise industrielle en France. En diversifiant ses productions, en multipliant ses établissements en France et à l'étranger, la firme s'est dotée de nouvelles fonctions d'administration chargées de la constitution d'instruments de gestion, mais aussi responsable de la conception et de la maintenance de ses systèmes d'information. La place des directeurs et des cadres salariés est essentielle dans ce développement des fonctions commerciales, financières, comptables et logistiques. Les modèles d'organisation utilisés ont varié et ont été adaptés aux contraintes spécifiques de commercialisation et de production de la chimie et de l'aluminium.
Pechiney (alors Henry Merle et Compagnie, du nom de son fondateur) fut créée en 1855 par des industriels et des banquiers lyonnais pour produire de la soude. Au cours du XIXe siècle, l'entreprise multiplia ses productions chimiques et, poussée par la concurrence due aux évolutions du système électrotechnique, transforma nombre de ses procédés par l'électrochimie. Dans la période 1880-1914, la croissance et la diversification des implantations et des produits conduisirent à la constitution d'un corps intermédiaire entre le capitaliste et l'usine. Il s'agissait de l'arrivée difficile à l'existence de salariés n'ayant pas d'intérêts patrimoniaux dans la firme mais qui en maîtrisaient les rouages au point d'avoir le pouvoir de fixer sa destinée au même titre de légitimité, et bientôt à un titre plus élevé que ses propriétaires. Avant l'explosion d'août 1914, les principales entreprises industrielles du secteur de l'aluminium, Pechiney (PCAC) et Froges (SEMF), étaient déjà des structures évoluées, libérées de la tutelle de l'usine-mère, peuplées de quelques spécialistes fonctionnels coordonnant les activités sous la responsabilité d'un directeur général salarié. L'un des facteurs dominants de structuration fut alors celui du procédé et de ses contraintes, primat de la production oblige, mais également de la physionomie internationale des marchés
La Grande Guerre, avec l'intervention de la machine administrative, allait exiger de ces entreprises une formalisation forte de l'information financière et technique ainsi qu'une démultiplication de leurs moyens de communication et une amélioration considérable de leur capacité à mettre en œuvre rapidement des projets complexes. Les corps techniques de l'administration et de l'Armée fournirent des cadres et un modèle d'organisation des structures et de gestion de l'information. Le processus de concentration des entreprises des années 1920 fut l'occasion des premières opérations de croissance externe qui intégraient la fusion de deux organisations administratives évoluées, au-delà de la simple assimilation d'outils industriels.
Dans l'entre-deux-guerres, une gestion administrative systématique fut mise en œuvre. Ici encore les outils précédèrent les structures formelles nouvelles. La rationalisation était rendue nécessaire pour harmoniser la circulation ascendante de l'information vers un centre qui s'éloignait de plus en plus de sa périphérie. Au prix d'un système élaboré de contrôle et de coordination à distance, Pechiney (Alais, Froges et Camargue ou AFC depuis 1921) se développa alors sous la forme d'un groupe, en créant de très nombreuses filiales en France et à l'étranger. Le pilotage de structures juridiques autonomes de droit étranger, la couverture des risques de change, les contrats d'assistance technique sont des acquis de cette période. A défaut d'être enseignée dans les écoles, la gestion prit son inspiration dans le monde de la production. Son apprentissage était empirique. Il passa par l'adaptation du seul modèle disponible, celui de l'organisation scientifique du travail, par le biais des associations et des publications professionnelles. L'organisation confondit alors souvent rationalisation et mécanisation dans le souci d'améliorer la rapidité et le coût des systèmes administratifs dans la firme.
La structuration de l'organisation par l'environnement (conjoncture, économie organisée, modification du paysage concurrentiel) fut illustrée par la Seconde Guerre mondiale et les années postérieures. La grande réforme de 1946-1948, avec l'organisation décentralisée et le contrôle budgétaire, nous donne à voir l'importation massive de concepts américains de gestion dont l'hybridation est largement favorisée par l'atmosphère de la victoire et le pragmatisme des consultants choisis. Les grands projets outre-mer qui suivent à partir de 1954 fournissent une nouvelle phase cognitive orientée vers la compréhension d'autres cultures des affaires grâce aux partenariats internationaux. Cet apport de pratiques hétérodoxes fut largement favorisé par la diversification du recrutement des cadres supérieurs dans la haute administration et le milieu ministériel, imposée par l'intervention de l'État dans l'économie.
La grande mutation des années 1960 concerna la concentration de l'industrie française de la transformation des non-ferreux. Elle correspondait à la création du Marché Commun et à l'ouverture de la France à la concurrence mondiale. La Compagnie était alors devenue à la fin des années 1960 le Groupe Pechiney, métallurgiste intégré qui absorba ses clients traditionnels, transformateurs de métaux. Les instruments de gestion nouveaux exigés par ce changement, marketing et contrôle général de gestion, furent acquis auprès du consultant Mc Kinsey.
La conjonction des apports étrangers et de l'expérience tirée de la coopération avec les banques d'affaires au moment des grands investissements internationaux font apparaître Pechiney, en 1970, comme une entreprise dont les méthodes de gestion et le caractère international forment les meilleurs atouts. Avec la constitution, en 1971, du groupe Pechiney Ugine Kuhlmann, l'entreprise perd sa stratégie, ses qualités d'initiative et ne peut résister à la crise mondiale qui s'annonce. En 1975, un premier bilan de la gestion conglomérale conclut que la seule facette de l'organisation qui résiste à la crise est celle résultant de la diversification géographique de Pechiney dans les années 1960... Les structures et les instruments de gestion perdent de leur validité lorsqu'ils sont coupés d'un dispositif global de stratégie intégrée.
 

Retour à la liste des thèses
 

FROUARD Hélène

Les politiques patronales de logement en France (1894-1944) : de l'initiative privée au devoir national

  Thèse pour le doctorat d'État en Histoire de l'art de l'Université Paris I-Panthéon Sorbonne, soutenue en 2003, dirigée par Danièle VOLDMAN.
Dès le XIXe siècle, les entreprises françaises se lancent dans des programmes de construction de logements destinés à leur personnel (manœuvres et ouvriers, mais aussi à plus petite échelle contremaîtres et cadres). Ces programmes sont indispensables pour attirer et stabiliser une main-d'œuvre nécessaire. Dans le contexte d'une société libérale, cette pratique n'est pas encadrée juridiquement et se caractérise par son caractère discrétionnaire et par la toute-puissance patronale en la matière. Ces politiques patronales de logement perdurent durant la première moitié du XXe siècle, évoluant toutefois considérablement sous l'influence de plusieurs facteurs. L'intérêt grandissant du corps social pour le logement nourrit une critique croissante de ces réalisations patronales, tant en raison de la fragilité du statut de leurs occupants que de leur fréquente mauvaise qualité architecturale. L'État, qui tente à partir de la loi de 1894 de remédier à la crise du logement grâce à la promotion des habitations à bon marché, contribue lui aussi à l'évolution en cours. Prenant acte de l'importance de la promotion patronale (plus de 300 000 logements disponibles en 1931), il s'interroge sur l'opportunité de taxer les entreprises pour financer la construction d'habitations et de contrôler leur pratique. Les industriels, inquiets de ce qu'ils perçoivent comme une remise en cause de leur liberté d'action, expérimentent timidement de nouvelles formes d'action dont la plus aboutie est celle du Comité interprofessionnel du logement de Roubaix-Tourcoing, précurseur de la loi de 1953 qui obligera les industriels à invertir 1 % de leur masse salariale au financement de la construction. Enfin, les formes architecturales elles-mêmes évoluent, accompagnant ainsi les évolutions politiques.
 

Retour à la liste des thèses
 

GANEM Pierre-Henri
Stratégies contractuelles des firmes aux fins de "sécurisation" d'investissements internationaux et volontarisme politique des États comme forces créatrices de droit dans les rapports transnationaux
La pratique des grandes firmes d'aluminium dans le montage et la réalisation de projets miniers et métallurgiques principalement en Afrique (1953-1994)

 
Thèse pour le doctorat d'État en Droit de l'Université Paris X-Nanterre, soutenue en 1994, dirigée par Alain PELLET.
Dans le cadre des grands projets internationaux miniers et/ ou industriels, les firmes promotrices de ceux-ci déploient de "véritables stratégies contractuelles aux fins de 'sécurisation' d'investissement international" constituant le versant juridique de leurs stratégies de gestion et à bien des égards la clé de voûte de celles-ci. Elles doivent pour cela composer, en particulier face aux bailleurs de fonds qui leur demandent des garanties et sûretés nombreuses et élaborées. L'étude de ces projets nécessite donc le dépassement des seules "conventions d'établissement" ou "contrats d'État" firmes-État d'accueil afin d'examiner, à la fois, ces contrats (première partie) et ceux du montage juridico-financier proprement dit (deuxième partie), l'ensemble étant considéré comme une globalité ou une totalité. Le propre des différents contrats structurant ces grands projets étant de s'inscrire dans la durée et de ne pas évoluer, tout au contraire, dans un vide politique, économique et social, le dernier aspect, fondamental de la recherche (troisième partie) est le suivi des ensembles contractuels. La recherche est centrée sur des grands projets de la filière aluminium, principalement en Afrique du fait du rôle essentiel, au sens des forces créatrices de droits décrites par Georges Ripert, joué par les grandes firmes d'aluminium et, dans l'ensemble de droit francophone ou de "jurifrancité" (pays dont le droit est inspiré du droit français mais dont la langue officiel n'est pas le français) par Pechiney en particulier. Dans un contexte francophone, l'étude d'un projet minier de bauxite et de sa transformation en alumine - Fria en Guinée - et un projet électrométallurgique - Edea au Cameroun - ont été sélectionnés. Dans le cadre anglophone, un autre projet électrométallurgique d'aluminium - la rivière Volta au Ghana - permet un éclairage comparatiste entre les deux systèmes de droit.
 

Retour à la liste des thèses
 

HACHEZ-LEROY Florence
L’Aluminium Français, instrument d’une stratégie de groupe (1911-1960)

 
Thèse de doctorat d'histoire de l'université Paris IV-Sorbonne, soutenue en 1995, dirigée par François CARON.
Les ententes et cartels sont des formes controversées de relations entre entreprises. Leur objet peut être divers, du simple accord de prix entre producteurs à un contrat entre clients et fournisseurs. Leur forme prête à une plus grande confusion encore. Le comptoir de vente fut le plus fréquent en France au début du XXe siècle, à la faveur d’une complaisance du pouvoir politique et d’une certaine idée de rationalisation du marché. L’Aluminium Français, créée en 1911, s’inscrit dans cette idée de réguler un marché encore étroit et soumis à de fortes variations de prix et de consommation.
L’A.F. est un cas élaboré spécifique, lié au métal lui-même. La vision endogène des cartels est marginale alors qu’elle permet de mieux cerner les effets sur les entreprises participantes, et ouvre de nouvelles perspectives. Si l’on considère traditionnellement que cartel et malthusianisme des entrepreneurs sont liés, l’étude plus particulière de L’A.F. permet de nuancer le propos ; le cadre de la monographie d’entreprise est dépassé et privilégie celui d’un secteur, et suit un processus de croissance aboutissant à l’organisation monopolistique d’un marché.
La mission de L'A.F. était de développer le marché français de l’aluminium, inexistant en 1911. La stabilité des prix fut le premier acquis et permit aux industriels de dégager des profits pour les réinvestir en commun. Parmi les premières réalisations de L’A.F., deux sont significatives de la complexité de sa tâche et des intentions de ses créateurs : la construction d’une usine de transformation d’aluminium, à Chambéry, et d’un site de production et de transformation aux États-Unis. Ce dernier fut le plus ambitieux projet de L’A.F. et des producteurs français jusqu’après la Seconde Guerre mondiale. Il était lié à la mise au point d’un nouveau procédé de fabrication de l’alumine qui devait diminuer le coût de fabrication de l’aluminium. Les Français espéraient concurrencer les Américains. Ce fut le plus important programme d’investissements français outre-Atlantique avant la Première Guerre mondiale, qui échoua à cause de celle-ci. Il mettait en évidence l’internationalisation précoce des échanges, en raison de la forte inégalité de développement des marchés. La concurrence mondiale, très tôt vigoureuse, avait déjà abouti, en 1901, à la création d’un cartel international auquel participaient les deux plus importantes sociétés françaises : la S.E.M.F. et la Cie P.C.A.C. La rivalité entre producteurs étrangers faisait craindre aux Français des tentatives de contrôle de leurs entreprises, notamment par les Allemands. Le financement de projets industriels fut l’un des moyens pour L’A.F de contrôler et développer le marché.
La création de l’usine de Chambéry était nécessaire à cause de la réticence des transformateurs de cuivre à travailler l’aluminium. À partir de 1919, la politique de recherche systématisée de L’A.F contribua à développer les connaissances sur le métal et ses alliages, les procédés et les outils de façonnage. Les moyens de L'A.F. furent développés en conséquence : les services techniques constituèrent une structure efficace et organisée à partir des années trente.
Par ailleurs, la société investit dans de nombreuses entreprises industrielles. Cette stratégie de participation évolua selon les époques, guidée par les décisions de la Cie A.F.C.
Avant cela, au sein de L’A.F., un processus de concentration horizontale fut mené par P.C.A.C., qui absorba trois de ses concurrents et s'acheva par la constitution, en 1921, d'A.F.C., le plus gros producteur européen à cette date. L’A.F. devint une des filiales d'A.F.C. qui possédait 80% du capital, et ses services furent intégrés aux structures du producteur de métal. Ainsi, bien qu'il y ait eu une participation de la Société d’Ugine (20%), L’A.F. fut l’instrument stratégique du développement de Pechiney. Au fil du temps, le cartel était devenu une simple société commerciale.
L’émergence de la fonction commerciale, à L’A.F., fut significative d’une réelle volonté d’adaptation des structures aux besoins du marché. Il en est de même de la place importante donnée à la propagande. L’A.F., plus qu’une société de vente, fut l’outil commercial d’A.F.C.
Peu de cartels réussirent à évoluer et à s’adapter aux contingences économiques et politiques sur une aussi longue durée. Comment expliquer une telle longévité ? La nature particulière de l’industrie et du marché de l’aluminium fut déterminante : un petit nombre de producteurs contraints d’agir rapidement pour développer leurs ventes et assurer le développement de leur entreprise, et une industrie très coûteuse en terme d’investissements, où toute forme de partenariat était profitable à chacun. La personnalité de quelques hommes, au sein de la même société, impulsa une vision nationale et internationale à long terme, que les autres sociétés n’eurent pas l’opportunité ou la chance de posséder. Le charisme d’Adrien Badin fut essentiel et l’usage qu’il fit du cartel fut une véritable innovation de structure. Elle lui permit de faire prendre conscience à ses confrères de la nécessité de s’unir. La mise en place d’une société aussi élaborée que L’A.F. préfigurait de ce que pouvait être une seule entité. En imposant l’idée d’un regroupement, L’A.F., organisme fédérateur, favorisa la stratégie de concentration P.C.A.C. Parallèlement, A. Badin entreprit de donner une dimension internationale à l’industrie française, par son projet aux États-Unis et sa participation au sein des ententes internationales successives. A sa mort, cette dernière ambition fut reprise par Louis Marlio. Enfin, la capacité des dirigeants à adapter régulièrement les structures de leur société aux modifications et besoins du marché fut déterminante : elle permit le passage en douceur du cartel à la société commerciale. En intégrant L’A.F. dans l’organigramme de ses services, la Compagnie A.F.C. réalisait des économies mais, surtout, elle lui donnait la possibilité de se consacrer à la recherche et au développement commercial.
Les limites chronologiques de l’étude - 1911 au début des années soixante - se justifient, au début, à la fois par un contexte de crise économique durement ressentie par les sociétés productrices d’aluminium, par une situation internationale tendue avec rupture du cartel international et par la création de L’A.F. À la fin, elles correspondent à d’importants changements à la fois dans les conditions générales du marché en France et dans le monde, et dans les choix stratégiques internes aux entreprises. Les négociations douanières internationales, la fin de la guerre de Corée provoquant une surproduction américaine et un afflux de métal en Europe, ainsi que les perspectives du Traité de Rome, créèrent des conditions tout à fait nouvelles. Le marché français, jusque-là protégé, fut alors ouvert à la concurrence tandis que les ententes traditionnelles qui régissaient l’ensemble de l’économie française étaient remises en cause. En conséquence, Pechiney fut contrainte de reconsidérer sa propre structure et ses choix de développement. L’accent mis sur la production jusqu’à la fin des années cinquante s’avérait dès lors insuffisant. Le contrôle de la transformation devenait désormais un enjeu essentiel pour s’assurer des débouchés et asseoir sa puissance, au regard des Américains qui prenaient pied en Europe en rachetant des entreprises. Au centre des relations producteurs - transformateurs/clients, L’A.F. était dans l’œil du cyclone. Ses compétences s’en trouvèrent diminuées au début des années soixante ; une nouvelle époque, radicalement différente, s’ouvrait.
La création de L’A.F. intervint en 1911, alors que les producteurs français étaient soumis à des pressions internes (l’hostilité des transformateurs et l’étroitesse du marché) et externes (concurrence internationale et tentatives d’implantation allemandes) mais il fallut le choc de la Première Guerre mondiale pour que ses structures s’affirment et que le principe de son existence soit acquis. À partir de 1919 jusqu’à la fin des années vingt, L’A.F. concentra son activité sur la recherche technique, mais sans véritable programme de développement, sans définir de priorités de développement. Cette époque fut celle d’initiatives dynamiques liées à la forte croissance du marché. Mais une certaine confusion des fonctions avec A.F.C., déterminèrent cette dernière à définir de façon plus précise les compétences de chacune. L’A.F. entra dans une troisième phase où les pratiques commerciales s’affirmèrent ainsi qu’une méthode plus rigoureuse dans la recherche technique. Du début des années trente au début des années soixante, un dynamisme était créé qui unissait à la fois les fonctions de recherche et les fonctions commerciales. De nouveaux procédés et méthodes de travail étaient intégrés tels que les statistiques, la formation, ou les campagnes de propagande à destination d’un large public.
 

Retour à la liste des thèses
 

LARRUE Jacques
Fria en Guinée, première usine d’alumine en terre d’Afrique, des stratégies originelles de 1957 aux perspectives de l’an 2000

 
Thèse de doctorat en Droit, l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne soutenue en 1994, dirigée par Étienne LE ROY.
Fria est le lieu d'implantation de la seule usine de production d'alumine existant en Afrique au sud du Sahara. Créée entre 1957 et 1960 par le groupe industriel français Pechiney, pour être le vecteur d'une nouvelle politique d'industrialisation, elle devint treize ans plus tard, sous la forme d'une société d'économie mixte l'exemple d'une nouvelle promesse de développement.
Cette aventure juridique et économique ne pouvait être menée à bien qu'à partir du moment où, dans un contexte socialiste ayant rompu avec la France, l'ensemble des acteurs, Guinéens et étrangers, acceptaient de s'impliquer dans un nouveau processus de relation au sens anthropologique du terme.
Au cours de ce long processus, il y a toujours eu un double discours et donc une double interprétation dans ce qui était dit et dans ce qui était fait. Les deux parties, industriels et gouvernement guinéen, ont toujours agi comme si les problèmes n'existaient que parce qu'ils devaient (ou pouvaient) être résolus.
Les perspectives pour l'an 2 000 reflètent une grande continuité car après le changement de régime de 1984 et même si le libéralisme est revenu en force, l'enjeu dépasse désormais la seule production d'un produit semi-fini. La fin du siècle, avec le retour de l'énergie hydroélectrique peut donner à la Guinée de nouvelles raisons d'espérer.
 

Retour à la liste des thèses
 

LE ROUX-CALAS Muriel
Évolution des stratégies de recherche d’une grande entreprise française : Pechiney 1886-1975, le cas de l’aluminium

 
Thèse de doctorat d'histoire de l'université Paris IV-Sorbonne, soutenue en 1994, dirigée par François CARON.
Prix de l’Institut d’histoire de l’industrie
Pechiney a-t-elle été une entreprise spécifique en matière de stratégie de recherche ? Suivre, sur presque un siècle, la genèse d'une activité qui, aujourd'hui, est un élément intégré de la stratégie de la firme, permet de percevoir les enjeux formés autour de la R&D. L'acception la plus large de la notion de recherche a été retenue. En outre, ce n'est pas le lieu qui conditionne l'action de chercher. La définition du laboratoire est différente selon les périodes. L'analyse de cette évolution est l'un des axes majeurs du travail.
La logique du plan retenu, analysant les structures de la recherche, se justifie par la volonté d'étudier la totalité de la filière industrielle (alumine, aluminium, transformation). Or, cette branche emprunte ses référents techniques à trois systèmes différents : au système chimique, pour la fabrication de l'alumine ; au système électrique, pour la fabrication de l'aluminium ; au système métallurgique, pour la transformation du métal et de ses alliages.
L'étude des organisations souligne la succession de trois mouvements intéressant la recherche. Il y eut d'abord le temps de la genèse et du primat de l'inventeur (1886-1921), il y eut peu de différences entre la France et les États-Unis. Vint ensuite, le temps de la cristallisation des structures de recherche et du primat des ingénieurs de production ; l'entre-deux-guerres fut par excellence le temps de la spécificité française. Celle-ci se dissout progressivement après la Seconde Guerre mondiale. La dernière séquence (1945-1975), est celle de la redécouverte du modèle américain. Les ingénieurs de production se sont peu à peu trouvés dépossédés de leur prérogatives de recherche au profit des professionnels, les ingénieurs scientifiques. La raison de ce décalage est que les États-Unis étaient entrés dans l'ère de la production de masse avant la France. À cela a été associée la standardisation qui a touché l'ensemble des fonctions de l'entreprise. La recherche n'y a pas échappée.
La spécificité française tient en deux faits : l'originalité de la structure non standardisée de l'industrie et la nature du personnel employé. Cette structure a favorisé le foisonnement créatif, grâce à la multiplicité et à la diversité des sites de production. Chaque lieu était un lieu potentiel d'innovation. Le lien entre les innovations s'est fait par l'intermédiaire des cadres tous ingénieurs. Cette spécificité a créé un décalage chronologique par rapport aux États-Unis dans la mise en place des structures de recherche standardisées. Pour autant, ce décalage n'a pas été synonyme de retard économique.
Le contrôle de la technique conférait aux électrolyciens un pouvoir fondé sur leur compétence et leur savoir. Il a joué dans deux directions : il a été un agent de résistance à la normalisation des pratiques de recherche, mais il a aussi été un vecteur de progrès. De fait, cette résistance est historiquement justifiée car, aujourd'hui, l'ingénieur polyvalent, agissant sur la production et la recherche, a disparu. En ce sens, c'est bien le facteur humain qui est à l'origine de la spécificité française.
 

Retour à la liste des thèses
 

LESCLOUS René
Genèse et évolution des sites producteurs d’aluminium. Essai d’interprétation des choix stratégiques de Pechiney et de leur mise en œuvre (1893-1972)

 
Thèse de doctorat d’histoire de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, soutenue en 1997, dirigée par Patrick FRIDENSON.
À travers le cas de l’aluminium nous avons voulu étudier l’implantation des sites industriels.
La production d’aluminium comporte deux stades essentiels : celui de l’extraction de l’alumine à partir du minerai, la bauxite ; et celui de l’extraction du métal à partir de l’alumine. Nous nous sommes volontairement limités à l’étude du deuxième stade, celle du premier serait la bienvenue. Elle reste à faire.
Nous avons d’abord précisé les conditions spécifiques de la production d’aluminium. En fait, les critères utilisés par les producteurs pour choisir les sites d’électrolyse découlent des principaux composants du prix de revient : électricité, matières premières, position logistique, pérennité des conditions économiques de départ.
Cinq sites de référence, construits par Pechiney, ont été retenus suivant la méthode considérée :
- 1892-1921 : « l’envol incertain ». Nous avons étudié La Praz, première usine démarrée en 1893.
- 1922-1950 : « l’élan brisé ». Nous avons choisi le site de Champagnier près de Grenoble. La crise de 1929 condamnera ce projet qui ne sera jamais réalisé.
- 1951-1972 : la demande explose, la recherche de sites se mondialise. Ce seront :
- de 1951 à 1958 : « l’aventure africaine » avec Édéa.
- de 1959 à 1972 : « le rêve américain » avec Eastalco et le rééquilibrage en Europe avec Pechiney Nederland (PNL).
La capacité des sites est passée de 3000t/an en 1893 à 25000 tonnes (programmées) pour Champagnier puis à 50000 tonnes pour Édéa. La capacité d’Eastalco et de PNL est de 170 000t/an. À partir de 1978, naît une génération d’usines dont la capacité dépasse 200 000 tonnes pour atteindre maintenant près de 500 000 tonnes.
Une grille d’étude unique a été appliquée à ces cinq sites, qui comporte les points suivants :
- état du monde de l’aluminium à l’époque considérée
- examen des « atouts » de Pechiney, santé financière, sommet stratégique, compétences
- chemin vers la décision stratégique
- décision stratégique et choix du moment
- réalisation, projet, financement, chantier, bilan
- bilans du site, bilan financier, évolution
- enseignement à tirer de chaque cas.
Nous avons finalement tenté d’expliquer la prodigieuse croissance de la consommation d’aluminium à travers celle des sites producteurs. Pour cela, il nous a fallu cerner la « nature économique » de ce métal. Ce sont ses qualités propres mais surtout sa sensibilité au progrès technique qui ont autorisé la grande diffusion de l’aluminium. Le progrès technique a permis :
- d’étendre les applications grâce surtout aux alliages dont les principaux sont l’Alpax et le Duralumin
- d’abaisser très fortement le prix de revient.
Ainsi, l’aluminium a pu profiter des phases d’expansion des cycles économiques longs mais aussi lutter efficacement contre ses principaux concurrents : la fonte, le cuivre, l’acier non allié, les matières plastiques.
Pour un produit aussi dynamique, le respect continu de l’équilibre offre-demande n’est pas facile. La quantité supplémentaire qu’un producteur peut mettre sur le marché sans casser les prix (l’incrément commercial) doit être soigneusement pesé. La baisse du prix de revient est une véritable obsession pour le producteur. Grâce au progrès technique on peut, d’une part gagner sur les principales consommations (électricité, matières premières, main-d’œuvre), et d’autre part abaisser les amortissements et les frais fixes en augmentant constamment la taille des cuves et celle des séries. La « taille économique » des usines, celle qui permet à un moment donné d’obtenir le meilleur prix de revient, se trouve fortement augmentée. Dans l’industrie de l’aluminium, l’histoire d’un producteur est fortement marquée par la corrélation entre la « taille économique » et son « incrément commercial ».
La position logistique du site choisi vis-à-vis des sources d’électricité et de matière première joue un rôle essentiel. Ainsi se trouve établi le lien entre la production d’aluminium et l’espace.
L’équipement des sites exige des capitaux considérables. Pour les amortir, il faut du temps et une certaine pérennité des conditions économiques de départ. À ces contraintes s’ajoutent celles du cycle économique long. Il y a un lien très fort entre la production d’aluminium et la durée. De fait, la vie des sites s’étale sur quatre-vingt-dix ans pour les plus anciens.
Le métier de producteur d’aluminium est un métier de « paysan ». Il consiste à transformer des « poules aux œufs d’or », gisements de bauxite et sources d’électricité à bon marché bien situés, en « vaches à lait », usines productrices, passée la période de récupération du capital, qu’il faut maintenir en vie le plus longtemps possible.
L’aluminium aurait pu n’être qu’un métal secondaire comme le magnésium ou le titane. L’action des « sommets stratégiques » (Chandler) successifs a forgé son destin. L’efficacité et la continuité de l’action des hommes de l’aluminium force le respect.
 

Retour à la liste des thèses
 

PEZET Anne
Les fonctions des instruments de la décision d’investir : contribution à une technologie de l’investissement

 
Thèse de doctorat de l’université de Paris IX-Dauphine, soutenue en 1998, dirigée par Bernard COLASSE.
Prix 2000 de la Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion
L’objectif de cette thèse est double : dégager, au travers d’une analyse longitudinale, les fonctions pratiques d’une instrumentation de l’investissement et construire, à partir de treize cas tirés de l’étude longitudinale, un modèle opérationalisable de gestion de l’investissement. Une rigoureuse application de la méthode historique sous-tend cette recherche pour déboucher sur des hypothèses théoriques. L’étude de la vie d’une instrumentation de gestion centenaire, chez Pechiney, dévoile trois fonctions latentes pour des critères de choix d’investissement traditionnellement perçus comme rationalisateurs de décision : fonction publique, fonction culturelle et fonction rhétorique. Au-delà de ces usages instrumentaux, l’analyse de la gestion de l’investissement révèle les différents espaces dans lesquels la décision évolue. Loin d’être un acte isolé, l’investissement est « encastré », selon l’expression de Mark Granovetter, dans des espaces où le choix prend des formes différentes : choix binaires quand la décision appelle une réponse positive ou négative, choix des modalités quand il s’agit de déterminer les caractéristiques de l’investissement et, enfin, recherche d’une légitimité quand il faut convaincre de son bien-fondé économique mais aussi social ou institutionnel.
 

Retour à la liste des thèses
 

VINDT Gérard
Histoire sociale d’une entreprise : la compagnie Pechiney (1921-1973)

 
Thèse de doctorat en histoire de l'Université Paris X-Nanterre, soutenue en 1999, dirigée par Alain PLESSIS.
Cette histoire sociale s'inscrit dans l'historiographie des entreprises qui n'a pas tenté jusqu'à présent une telle histoire sociale globale. Elle s'inscrit aussi dans l'historiographie du social et ses questionnements actuels sur les rapports entre les individus et des groupes sociaux à redéfinir. Chemin faisant, elle rencontre les pistes ouvertes par la sociologie autour des modes de régulations des relations industrielles.
Mais de quelle histoire sociale s'agit-il ? D'une histoire organisée autour de la gestion sociale de la direction de l'entreprise, englobant les réalisations sociales proprement dites, les problèmes de pouvoir et d'organisation, le recrutement, la formation, les carrières, les relations travail-salaire, la sociologie des groupes, les aspects idéologiques et culturels ; cette gestion, dont il faut voir comment elle s'inscrit dans une stratégie globale, suscite des réactions individuelles et collectives qui l'influencent, en fonction des stratégies des différents acteurs. C'est, en dernière analyse, les actions et les interactions des individus et des groupes qui fondent cette histoire.
Ces actions et interactions peuvent être lues à travers la notion polysémique d'autonomie, à appliquer à l'entreprise dans son ensemble comme aux individus et aux groupes sociaux : autonomie du social lui-même par rapport à l'économique et au technique ; autonomie au sens de degré de perméabilité aux influences extérieures ; enfin autonomie au sens de marge de manœuvre.
Cette histoire sociale se concentre essentiellement sur les usines d'aluminium métropolitaines, pour mieux évaluer le rôle des différents paramètres. Les bornes choisies sont claires, qui correspondent à la fois à des événements externes et internes : c'est en 1921 que naît AFC (Alais, Froges et Camargue) de la fusion de PCAC et SEMF, c'est en 1971 que se constitue PUK et en 1973 qu'a lieu la grève de Noguères qui clôt une période de l'histoire sociale. Par la suite, des facteurs externes et internes radicalement nouveaux s'imposent, justifiant que notre étude n'aille pas au-delà.
Cette histoire sociale est parcourue par des permanences, à relativiser et nuancer cependant suivant chaque période. Citons les principales. AFC est une grande entreprise, où domine la branche aluminium, prospère sauf pendant de courtes périodes, maîtrisant ses marchés. On observe d'importantes constantes techniques et d'organisation du travail : usines disséminées au pied des chutes d'eau montagnardes, industrie de processus, à feu continu, peu intensive en main-d'œuvre. La structure hiérarchique est particulièrement rigide et stable avec des ingénieurs qui « tournent », une maîtrise d'atelier formée dans des « stages d'initiation » - au moins depuis 1924 - qui la coupe de son milieu ouvrier d'origine. Les employés administratifs forment un groupe à part, où l'on rencontre, comme dans les services sociaux, un personnel féminin. Les ouvriers forment des deux-tiers aux trois-quarts des effectifs des usines, et sont majoritairement non-qualifiés : par leur origine, leur culture, leur poste et leur qualification dans l'entreprise, leur plus ou moins grande stabilité, ils forment le groupe le plus hétérogène et fondent l'originalité de chaque usine. Mais leur unité tient dans le salariat, opposé au reste du personnel, appointé ou mensuel (la mensualisation ouvrière, reconnaissance officielle d'une égalité du personnel, n'intervient qu'en 1970 en France). Une active politique sociale a toujours existé, mais la « fonction personnel », que ce soit dans les usines ou au niveau du groupe, a aussi toujours été subordonnée aux « impératifs » techniques et économiques.
Il est difficile de voir dans toutes ces permanences une « culture d'entreprise », ensemble d'invariants et de représentations partagés par tous les groupes sociaux. En particulier, les cultures ouvrières sont très diverses suivant les lieux et les périodes. Si bien que l'on voit mal cette histoire sociale structurée par une étude des variations de l'adhésion à une telle culture.
En revanche, la notion d'autonomie présentée plus haut est une bonne clé. Elle permet de construire une périodisation qui naît à la fois de facteurs externes particulièrement prégnants et de facteurs internes.
1921-1935 est le temps des autonomies, à commencer par celle de la direction de l'entreprise en matière de gestion sociale, la législation étant peu contraignante. La direction, dans la continuité de PCAC et SEMF, s'attache les services des appointés, largement stabilisés et dévoués à l'entreprise. Ils bénéficient d'avantages spécifiques en matière de logement, de gratification annuelle, de caisse de retraite mise en place en 1926. Leurs revenus augmenteront pendant la crise qui ne les touchera guère, si ce n'est en limitant les possibilités de promotions. Les ingénieurs sont jeunes, et la plupart des directeurs des usines électrométallurgiques, contrairement à leurs collègues de la chimie, le sont aussi, ce qui souligne la rotation des cadres et le dynamisme du secteur. Avant 1929, la main-d'œuvre est par contre très instable, souvent immigrée, en particulier à Rioupéroux et L'Argentière. Saint-Jean réussit moins mal à fixer un noyau de « bons ouvriers », tout comme Auzat et Sabart. Ce ne sont pas les conditions de travail très dures, ni les faibles salaires, ni même les diverses primes qui peuvent retenir l'ouvrier. C'est plutôt la politique de logement et le service médico-social, sans équivalents dans les vallées. La crise accélère considérablement la stabilisation d'un noyau ouvrier dans la plupart des usines, alors que les ouvriers immigrés sont massivement congédiés. La reprise de 1933-35 ne verra pas un retour d'immigrés et un retour du turn-over comparables aux années 1920.
1936-1944 est le temps de la lutte des classes et de son antidote : la communauté dirigiste. Les grèves de 1936 marquent une rupture des autonomies. C'est l'irruption de l'ouvrier collectif au fond des vallées : ayant en partie abandonné son autonomie externe en se stabilisant dans l'entreprise, l'ouvrier cherche à retrouver une marge de manœuvre, collectivement, à l'intérieur de l'entreprise. La direction, qui fait preuve d'une grande réactivité, cherche, en appliquant très rapidement les accords Matignon, à domestiquer le mouvement, pacifier les rapports sociaux, tout en éliminant coûte que coûte les militants « lutte de classe ». Il s'agit, avec des ouvriers maintenant relativement stabilisés, de créer une communauté qui s'appuie en particulier sur l'encadrement. Amorcée avant-guerre, cette politique peut s'épanouir sous Vichy : les syndicats éliminés, l'intense collaboration économique avec l'occupant, volontaire et en accord avec l'État français, donne des moyens de la développer grâce aux « comités sociaux » pétainistes dont AFC, à l'image du directeur Torchet de Saint-Jean, est un partisan enthousiaste. Ravitaillement tous azimuts, aide aux prisonniers, embauches, notamment de « STO » grâce au classement « Speer-Betrieb », sont autant de facettes de cette politique.
1945-1973, c'est enfin le temps des autonomies régulées. Si l'idée de communauté survit, c'est sous la forme d'une communauté librement consentie, où les syndicats, et la CGT ouvrière en particulier, doivent trouver leur place. Il s'agit cette fois d'intégrer l'ouvrier collectif et de motiver l'ensemble du personnel. La politique sociale se complexifie, la « fonction personnel », jusqu'alors diffuse, est constituée lors de la réorganisation de 1948 : c'est la Coordination des Relations avec le Personnel qui, primat de la technique oblige, aura à sa tête des ingénieurs aluminium et non des « spécialistes » comme le conseillait le cabinet américain White.
La régulation des autonomies a ses instances : réunions de délégués, commissions paritaires, CE, CCE… La pratique en est rendue possible par le consensus productiviste. La prime de productivité, mise en place dès 1947, en est le pivot, qui représente la plupart du temps autour de 20-30% du salaire de base dans les années 1950. De multiples « avantages » maison s'y ajoutent, bientôt consignés dans l'accord d'entreprise de 1956, tel le système de retraites complémentaires ouvrières. La stabilisation et l'intégration du personnel de chaque usine se renforcent, au-delà des espérances de la direction.
Mais dès le début des années 1960, le consensus se fissure. La concurrence internationale se développe. Pierre Jouven, vice-président puis président (1968), multiplie les signaux d'un avenir plus incertain, réclamant par avance de nécessaires mobilités professionnelles. C'est se heurter à l'attachement des ouvriers non pas à Pechiney, comme les cadres, mais à leur usine. Simultanément, les syndicats ouvriers, suivis par leurs mandants, même s'ils posent toujours l'essentiel de leurs revendications en termes de revenus, posent aussi des problèmes de pouvoir nouveaux. Jusqu'alors, c'est la politique sociale et le système des relations sociales qui avaient dû s'adapter aux situations, laissant le système des relations hiérarchiques intact. Désormais, c'est ce système même qui est contesté, à travers les heurts sur l'organisation de piquets de sécurité en temps de grève et les revendications portées par la CFDT concernant d'autres relations humaines ouvriers-maîtrise. Les grèves de 1968, celles de Saint-Jean et L'Argentière en 1970-72, qui voient l'arrêt de séries, révèlent toutes ces fissures. La grande grève de Noguères de l'été 1973 n'est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein, malgré les particularités de l'établissement.
Au début des années 1970 Pechiney s'inscrit bien, avec ses spécificités, dans une crise d'un système de régulation né après la guerre. Si bien que cette dernière période 1960-73 aurait très bien pu faire l'objet d'une quatrième partie à part, au regard de la suite des événements et de la crise générale du fordisme…
 

Retour à la liste des thèses
 

ZIMNOVITCH Henri
Les calculs du prix de revient dans la seconde industrialisation en France

 
Thèse de doctorat de science de gestion de l’université de Poitiers, soutenue en 1997, dirigée par Jean-Louis MALO.
Si le calcul du prix de revient est une opération qui remonte à la nuit des temps, Marc Nikitin a montré, dans une thèse récente, que son calcul, selon les règles de la comptabilité en partie double, s’est imposé en France lors de la Première Révolution industrielle.
Pour la seconde industrialisation, notre thèse est que les calculs du prix de revient se développèrent selon quatre étapes.
La première période, de 1880 à 1930, prolonge celle de la naissance de la comptabilité industrielle, avec un prix de revient comptable qui prétend au monopole de la vérité, sous l’influence d’une profession comptable en voie de constitution.
Le deuxième temps, de 1930 à 1950, est marqué par une réflexion sur une imputation plus serrée des frais généraux dans le prix de revient. Il correspond également au souci de lui voir jouer un rôle dans la régulation de l’économie via la fixation du prix de vente par une instance extérieure à la firme. Une novation qui fut portée par ce qu’on peut appeler des « technocrates » qui recherchaient, dans une idéologie « planiste », voire corporatiste, une réponse à la crise du libéralisme des années 30.
À partir de 1950, les calculs du prix de revient entrent dans l’ère du management après les missions de productivité qui furent dépêchées aux Etats-Unis.
À partir de là, les coûts standard se diffuseront en France, quarante ans après leur diffusion outre-Atlantique. Sans occulter les dimensions économiques ou culturelles qui peuvent justifier ce décalage, notre thèse insiste sur l’influence du corporatisme comptable et sur le succès de l’idéologie corporatiste pour expliquer la quarantaine dont fut l’objet la méthode des coûts pré-établis dans notre pays.
Toujours dans les années 50, ce sera au tour du direct costing de se diffuser en rance, cette méthode sera l’opportunité de dépasser le calcul du prix de revient selon la partie double et de rendre le raisonnement plus perméable aux idées issues de la théorie économique, notamment aux conceptions marginalistes.
 

Retour à la liste des thèses