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La production consolidée des producteurs français d'aluminium,
1889-1990. René Lesclous
En un siècle, la consommation d'aluminium a crû de façon
spectaculaire, malgré la vive compétition des autres matériaux.
Quel fut le comportement du métal face à ses concurrents,
comment ont évolué l'attitude et la place des producteurs
français rela-tivement à l'histoire générale
et aux grands cycles économiques ?
La progression de la production d'aluminium est tendancielle, quoiqu'elle
connaisse des inflexions notables. Décollage, explosion, maturité
furent les trois grandes étapes de la conquête des marchés.
Les graphiques attestent de l'influence de "l'économie-monde"
sur la production en général et montrent la spécificité
française. Pourquoi la France se singularisa-t-elle ? Quelle fut
la part des événements nationaux ? En quoi la régulation
et la dérégulation monétaires et celles du cours
des matériaux touchèrent la production ; dans quelle mesure
le cours du métal influença l'innovation et détermina
la place des producteurs français ? La prise en compte de tous
ces paramètres permet d'esquisser des réponses et de replacer
l'histoire du métal dans l'ample mouvement de croissance et de
progrès technique au XXe siècle.
« Pourquoi une usine ne serait-elle pas
une belle chose ? » Issoire, un projet architectural des frères
Perret. Christophe Laurent
Lorsque, le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre au IIIe
Reich, la faiblesse de son économie et de son appareil industriel
apparaît. Nommé pour tenter de redresser la situation, Raoul
Dautry, ministre de lArmement, prend rapidement conscience du retard
de laviation militaire française sur laviation allemande.
Au cours dune réunion au ministère de lArmement,
le 11 novembre 1939, le projet dune grande usine de laminage dalliages
légers est lancé pour combler le déficit de production
de duralumin, métal nécessaire à la construction
aéronautique. La Société centrale des alliages légers
est ainsi créée, la Société du Duralumin détenant
la majorité de son capital. LÉtat assure le financement
de la construction du nouvel établissement érigé
à Issoire. R. Dautry nomme les frères Perret architectes
du projet. Spécialistes reconnus du béton armé, les
Perret dessinent alors un projet global qui est particulièrement
révélateur de leur doctrine architecturale : le classicisme
structurel.
En raison de la défaite et dune réduction du programme
industriel, seuls deux des ateliers conçus par les Perret seront
réalisés. La SCAL redessinera des bâtiments fortement
inspirés par le style des architectes. Partiellement achevée
à la Libération, lusine dIssoire entrera en
production entre 1948 et 1950.
La Società italiana dell'alluminio et
son impact sur l'environnement dans la province de Trente, 1928-1938.
Guido De Luigi, Edgar Meyer, Andrea F. Saba
La création en 1927 de la Società italiana dell'aluminio
(SIDA) par le groupe Mon-tecatini associé à Vereinigte Aluminium
Werke (VAW) répond à la forte insuffi-sance de la production
italienne d'aluminium pour satisfaire la demande de secteurs tels que
l'aviation ou l'automobile.
Une usine fut implantée à Mori (province de Trente) sur
un site à forte densité de cultures et d'habitations, en
raison probablement de ses capacités hydro-électriques.
Dès le démarrage, les cultures en particulier les
mûriers furent touchées par les émanations
de fluor ; la SIDA, tout en niant toute responsabilité, répondit
aux protestations des paysans par des indemnisations croissant à
raison de l'extension des zones atteintes, de la vigueur des plaintes
et des résultats des négo-ciations des paysans avec les
autorités fascistes locales.
En 1932, des symptômes de fluorose, baptisés « taches
de Chizzola », décelés sur un nombre important d'enfants,
attisèrent la colère et conduisirent les autorités
de Rome à fermer l'usine et à sanctionner ses représentants
locaux. L'usine rouvrit équipée d'un système d'épuration
des fumées qui s'avéra inefficace et fut modifié
largement.
Vers 1937, la question de la fluorose fut officiellement réglée,
même si une partie des problèmes demeurait. Les autorités
italiennes firent passer la stratégie économique d'autarcie
et de productivité renforcée par l'effort de guerre avant
leur souci proclamé de préserver les sites naturels.
Le paquebot France : une étape majeure
pour les alliages légers dans l'industrie nautique. Pierre Vidal
Commandé en 1956 aux Chantiers de l'Atlantique, le paquebot France
fut livré à l'armateur en 1962, moins de deux ans après
son lancement à Saint-Nazaire. Sa réalisation marqua une
étape majeure dans l'application de l'aluminium dans l'in-dustrie
navale, en raison non seulement de l'important tonnage de métal
utilisé (1 600 tonnes), mais surtout de la nature des emplois auxquels
il a été affecté, en particulier pour la construction
d'une partie des superstructures, dont la conception a été
modifiée et a permis un abaissement notable du centre de gravité
du navire.
La recherche de l'allégement, mais aussi le choix de matériaux
incombustibles, conduisirent à opter également pour l'aluminium
dans les installations d'armement, pour le mobilier entièrement
métallique et la décoration intérieurs. Un
concours lancé en 1957 par l'Aluminium Français avait permis
de sélectionner les meilleures équipes de créateurs
et de fabricants de meubles et fut l'occasion d'exploiter de nombreuses
voies dans la mise en forme et le traitement des alliages.
La collaboration des divers services techniques impliqués a eu
pour effet de favoriser la normalisation et la définition de règles
d'emploi des alliages légers (compositions, traitements de surface,
assemblage, etc.), seuls ou en liaison avec l'acier.
Nuances du ciel de l'Île de France - un
défi pour l'aluminium : la Maison de la Radio, 1957-1962. Georges
Darnault et Raymond Segond
La Maison de la Radio est l'un des exemples les plus prestigieux de l'utilisation
de l'aluminium en architecture au cours des années soixante. Trente
ans après son inauguration, l'aspect du bâtiment reste conforme
au souhait de l'architecte d'un mariage harmonieux avec le ciel parisien.
Pour passer du projet à sa réalisation dont dépendait
la réputation de l'industrie française de l'aluminium
le travail fut intense et difficile.
Il y eut un écart entre les prototypes réalisés pour
emporter le marché et les tôles produites en série,
à l'aspect en principe parfaitement homogène, destinées
à la fabrication du "mur rideau" habillant l'extérieur
de la Maison de la Radio. Pourquoi l'aspect différait-il d'une
tôle à l'autre, quand apparaissaient les motifs, comment
supprimer l'effet de damier que voulait absolument éviter l'architecte
? On dut multiplier les recherches et les essais de mesures et d'alliages,
de traitement de surface ainsi que les contrôles et les échantillonnages
systématiques.
Cet exemple éclaire les relations entre commerciaux, techniciens
(chercheurs ou fabricants) et clients. Les progrès accomplis à
l'occasion de cette réalisation influencèrent aussi bien
les méthodes de travail des entreprises concernées que l'utilisation
du métal dans la décoration comme en architecture.
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