Seuls sont actuellement disponibles les résumés des articles des Cahiers d’histoire de l’aluminium postérieurs au numéro 14 (été 1994).

CHA 14


La production consolidée des producteurs français d'aluminium, 1889-1990. René Lesclous


En un siècle, la consommation d'aluminium a crû de façon spectaculaire, malgré la vive compétition des autres matériaux. Quel fut le comportement du métal face à ses concurrents, comment ont évolué l'attitude et la place des producteurs français rela-tivement à l'histoire générale et aux grands cycles économiques ?

La progression de la production d'aluminium est tendancielle, quoiqu'elle connaisse des inflexions notables. Décollage, explosion, maturité furent les trois grandes étapes de la conquête des marchés. Les graphiques attestent de l'influence de "l'économie-monde" sur la production en général et montrent la spécificité française. Pourquoi la France se singularisa-t-elle ? Quelle fut la part des événements nationaux ? En quoi la régulation et la dérégulation monétaires et celles du cours des matériaux touchèrent la production ; dans quelle mesure le cours du métal influença l'innovation et détermina la place des producteurs français ? La prise en compte de tous ces paramètres permet d'esquisser des réponses et de replacer l'histoire du métal dans l'ample mouvement de croissance et de progrès technique au XXe siècle.

« Pourquoi une usine ne serait-elle pas une belle chose ? » Issoire, un projet architectural des frères Perret. Christophe Laurent

Lorsque, le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre au IIIe Reich, la faiblesse de son économie et de son appareil industriel apparaît. Nommé pour tenter de redresser la situation, Raoul Dautry, ministre de l’Armement, prend rapidement conscience du retard de l’aviation militaire française sur l’aviation allemande. Au cours d’une réunion au ministère de l’Armement, le 11 novembre 1939, le projet d’une grande usine de laminage d’alliages légers est lancé pour combler le déficit de production de duralumin, métal nécessaire à la construction aéronautique. La Société centrale des alliages légers est ainsi créée, la Société du Duralumin détenant la majorité de son capital. L’État assure le financement de la construction du nouvel établissement érigé à Issoire. R. Dautry nomme les frères Perret architectes du projet. Spécialistes reconnus du béton armé, les Perret dessinent alors un projet global qui est particulièrement révélateur de leur doctrine architecturale : le classicisme structurel.

En raison de la défaite et d’une réduction du programme industriel, seuls deux des ateliers conçus par les Perret seront réalisés. La SCAL redessinera des bâtiments fortement inspirés par le style des architectes. Partiellement achevée à la Libération, l’usine d’Issoire entrera en production entre 1948 et 1950.

La Società italiana dell'alluminio et son impact sur l'environnement dans la province de Trente, 1928-1938. Guido De Luigi, Edgar Meyer, Andrea F. Saba

La création en 1927 de la Società italiana dell'aluminio (SIDA) par le groupe Mon-tecatini associé à Vereinigte Aluminium Werke (VAW) répond à la forte insuffi-sance de la production italienne d'aluminium pour satisfaire la demande de secteurs tels que l'aviation ou l'automobile.
Une usine fut implantée à Mori (province de Trente) sur un site à forte densité de cultures et d'habitations, en raison probablement de ses capacités hydro-électriques.
Dès le démarrage, les cultures – en particulier les mûriers – furent touchées par les émanations de fluor ; la SIDA, tout en niant toute responsabilité, répondit aux protestations des paysans par des indemnisations croissant à raison de l'extension des zones atteintes, de la vigueur des plaintes et des résultats des négo-ciations des paysans avec les autorités fascistes locales.
En 1932, des symptômes de fluorose, baptisés « taches de Chizzola », décelés sur un nombre important d'enfants, attisèrent la colère et conduisirent les autorités de Rome à fermer l'usine et à sanctionner ses représentants locaux. L'usine rouvrit équipée d'un système d'épuration des fumées qui s'avéra inefficace et fut modifié largement.
Vers 1937, la question de la fluorose fut officiellement réglée, même si une partie des problèmes demeurait. Les autorités italiennes firent passer la stratégie économique d'autarcie et de productivité renforcée par l'effort de guerre avant leur souci proclamé de préserver les sites naturels.

Le paquebot France : une étape majeure pour les alliages légers dans l'industrie nautique. Pierre Vidal

Commandé en 1956 aux Chantiers de l'Atlantique, le paquebot France fut livré à l'armateur en 1962, moins de deux ans après son lancement à Saint-Nazaire. Sa réalisation marqua une étape majeure dans l'application de l'aluminium dans l'in-dustrie navale, en raison non seulement de l'important tonnage de métal utilisé (1 600 tonnes), mais surtout de la nature des emplois auxquels il a été affecté, en particulier pour la construction d'une partie des superstructures, dont la conception a été modifiée et a permis un abaissement notable du centre de gravité du navire.

La recherche de l'allégement, mais aussi le choix de matériaux incombustibles, conduisirent à opter également pour l'aluminium dans les installations d'armement, pour le mobilier – entièrement métallique – et la décoration intérieurs. Un concours lancé en 1957 par l'Aluminium Français avait permis de sélectionner les meilleures équipes de créateurs et de fabricants de meubles et fut l'occasion d'exploiter de nombreuses voies dans la mise en forme et le traitement des alliages.

La collaboration des divers services techniques impliqués a eu pour effet de favoriser la normalisation et la définition de règles d'emploi des alliages légers (compositions, traitements de surface, assemblage, etc.), seuls ou en liaison avec l'acier.

Nuances du ciel de l'Île de France - un défi pour l'aluminium : la Maison de la Radio, 1957-1962. Georges Darnault et Raymond Segond

La Maison de la Radio est l'un des exemples les plus prestigieux de l'utilisation de l'aluminium en architecture au cours des années soixante. Trente ans après son inauguration, l'aspect du bâtiment reste conforme au souhait de l'architecte d'un mariage harmonieux avec le ciel parisien. Pour passer du projet à sa réalisation – dont dépendait la réputation de l'industrie française de l'aluminium – le travail fut intense et difficile.
Il y eut un écart entre les prototypes réalisés pour emporter le marché et les tôles produites en série, à l'aspect en principe parfaitement homogène, destinées à la fabrication du "mur rideau" habillant l'extérieur de la Maison de la Radio. Pourquoi l'aspect différait-il d'une tôle à l'autre, quand apparaissaient les motifs, comment supprimer l'effet de damier que voulait absolument éviter l'architecte ? On dut multiplier les recherches et les essais de mesures et d'alliages, de traitement de surface ainsi que les contrôles et les échantillonnages systématiques.
Cet exemple éclaire les relations entre commerciaux, techniciens (chercheurs ou fabricants) et clients. Les progrès accomplis à l'occasion de cette réalisation influencèrent aussi bien les méthodes de travail des entreprises concernées que l'utilisation du métal dans la décoration comme en architecture.