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Quelques réflexions sur la philosophie du changement techniques dans l'industrie de l'aluminium , Pierre Tortil

Au cours de son histoire, le procédé fondateur de production de l’aluminium par électrolyse a été marqué par des progrès techniques qui l’ont profondément amélioré. Plusieurs types d’explications éclairent cette évolution. Les contraintes présentent un premier niveau de stimulation : contraintes d’exploitation (la spécificité de cette production amenant les ingénieurs à adapter les techniques métallurgiques préexistantes) ; contraintes économiques et concurrentielles (le marché américain disposant d’électricité bon marché abondante contrastant ainsi fortement avec le contexte français d’après-guerre). Le progrès est également porté par la confrontation entre technologies différentes et par les échanges d’idées. L’aide que représentent les améliorations indirectes, en amont ou autour de la production (amélioration des matières premières, développement d’outils de contrôle plus efficaces, etc.) est elle aussi fondamentale, comme en témoigne le rôle joué par " les technologies génériques ". Parallèlement, les acteurs de ce changement évoluent, les hommes de fabrication laissant place progressivement aux ingénieurs des bureaux d’études puis des centres de recherche.

Les changements techniques dans la production d'aluminium: le cas français, Pechiney 1928-1980, Paul Morel

Partant de l’année 1928 où est mis au point le scellement à la fonte des blocs cathodiques, l’auteur fait un large panorama des changements techniques majeurs du procédé Hall-Héroult de production de l’aluminium : compétition entre anodes Söderberg et anodes " précuites ", piquage latéral des précuites, course aux hautes intensités et découverte puis maîtrise des champs magnétiques, " retour " au piquage central pour les cuves 175 000 ampères équipées du procédé sec de captation des effluents gazeux et régulées par ordinateur… Les causes internes de ces évolutions sont analysées et mises en relation avec les contraintes de toutes natures auxquelles Pechiney a dû s’adapter : difficile réorganisation industrielle après 1918, crise économique, régulation de l’énergie, nationalisation de l’électricité, explosion de la consommation et recherche systématique de productivité au cours des trente glorieuses, contraintes environnementales, etc.). Il en ressort que le changement naît en général quand, pour surmonter un problème ponctuel, une idée simple se révèle avoir des conséquences très importantes et imprévues par leurs auteurs.

Alfred Wilm et les débuts du Duralumin, Olivier Hardouin-Duparc

Loin d’être la découverte " romantique " parfois décrite, la mise au point du Duralumin se fit de façon volontariste, au début du siècle, dans un contexte militaro-industriel. L’invention d’un alliage conservant les qualités de légèreté de l’aluminium, mais lui adjoignant la dureté nécessaire à la production d’armes, fut obtenue par l’ingénieur Wilm dans le cadre d’un laboratoire militaire prussien. Le Duralumin – baptisé par jeu de mots – s’imposa d’autant plus rapidement aux autres pays industrialisés que ceux-ci menaient en parallèle des recherches similaires (ce qui entraina d’ailleurs des rivalités autour de la paternité du matériau). L’ensemble de ces recherches contribua à la compréhension progressive des mécanismes fondamentaux du durcissement des alliages par maturation.


Origine, enjeux et pratiques de la consolidation des comptes à Pechiney, 1956-1971, Didier Bensadon


Pechiney s’intéressa aux comptes consolidés dès le milieu des années cinquante. La technique était empruntée aux États-Unis, où la complexité croissante des groupes industriels, rendant difficilement exploitables les seuls comptes sociaux traditionnels, avait favorisé l’émergence de ce nouvel outil comptable. Ce faisant, les motivations de Pechiney étaient de trois ordres : répondre à la nouvelle dimension internationale du groupe par l’adoption d’outils plus efficaces ; respecter les exigences comptables américaines afin d’avoir accès aux marchés financiers d’outre-Atlantique ; enfin, acquérir une expertise dans ce domaine afin de participer en amont (en lien avec d’autres industriels français) à la mise en place des normes françaises de consolidation des comptes. Pechiney, qui publia ses premiers comptes consolidés en 1969 grâce à l’expertise du cabinet américain Price Waterhouse, joua ainsi un rôle important dans le processus d’adoption de cette technique par la France dans les années cinquante et soixante.…