 |
Ce
que l'aluminium doit à Henri Sainte-Claire Deville, Jean Plateau
La publication, le 6 février 1854, dune Note de Sainte-Claire
Deville dans les Compte rendus de lAcadémie des Sciences
ouvre l« ère de laluminium » :
dune simple curiosité de laboratoire isolée par Wöhler
en 1827, le nouveau métal devient en quelques années un
produit dindustrie. Lapport de Deville, ses nombreuses publications
lattestent, est à la fois scientifique, technologique et
industriel. Les controverses que suscitent ses travaux, en particulier
avec Wöhler pour le procédé chimique, et avec Bunsen
pour le procédé électrolytique, séteignent
rapidement au vu de ses réalisations. Parmi les avancées
décisives du chimiste figurent les perfectionnements au procédé
de Wöhler lesquels permettent dobtenir un métal
pur aux propriétés maîtrisées , le choix
de la bauxite comme minerai, lindustrialisation par étapes
de ce procédé aboutissant à lusine de Salindres
(1860).
Henri
Sainte-Claire Deville,
l'homme et le savant, Catherine Paquot
Henri Sainte-Claire Deville est né en 1818 aux Antilles danoises.
Il fait ses études en France, que la famille a rejoint en 1824.
Préparant son doctorat de médecine, il se passionne pour
la chimie organique et installe chez lui un petit laboratoire. Mais cest
à la chimie minérale quil va consacrer lessentiel
de ses travaux, dont la qualité est rapidement reconnue : professeur
de chimie et doyen de la faculté de Besançon à moins
de 30 ans, il remplace Balard à lÉcole normale supérieure
en 1851. Jusquà sa mort en 1881, il fait du laboratoire de
chimie de lÉcole un haut lieu de la recherche : outre laluminium,
il étudie divers éléments (bore, silicium, magnésium,
platine, huiles et pétroles
). En même temps, il enseigne
à lENS et à la Sorbonne, imprimant sa marque sur une
génération de chimistes. Anti-atomiste comme nombre de ses
collègues, il se veut avant tout homme dexpérimentation
même sil laisse, à travers ses analyses de la dissociation,
une contribution théorique majeure.
Henri
Sainte-Claire Deville :
contexte institutionnel d'un parcours scientifique, Nicole Hulin
Par sa formation comme par sa carrière, Sainte-Claire Deville offre
un exemple qui éclaire lorganisation de lenseignement
scientifique en France et ses changements sous le second Empire. Bachelier
es lettres, il obtient son doctorat de physique en 1841, en soutenant
deux thèses, lune en chimie, lautre en physique. En
1843, il est docteur en médecine. Le grade de docteur lui ouvre
la porte du professorat en faculté : nommé à
Besançon en 1845, il est maître de conférences et
directeur du laboratoire de chimie en 1851 à lÉcole
normale supérieure et, parallèlement, remplace J.-B. Dumas
comme professeur en 1867 à la faculté des sciences de Paris.
À lENS, il enseigne la chimie générale en même
temps quil fait du laboratoire une « véritable
école de chimie »,
accueillant normaliens et chimistes extérieurs. En 1868, est créée
lÉcole pratique des hautes études dont le laboratoire
de chimie lui est confié. Deville se fera, après la défaite
de 1871, un fervent avocat de la refonte de lorganisation de la
science et de lenseignement en France.
Sur les traces de
Sainte-Claire Deville à l'ENS,
Thierry Renaux
Parmi les traces témoignant de trente années de présence
et dactivité à lÉcole normale supérieure
par Sainte-Claire Deville, deux méritent un examen particulier.
Une vitrine contenant des objets et échantillons chimiques, conservée
à la bibliothèque de chimie de lÉcole, savère
illustrer également les travaux dautres chercheurs selon
une source de 1900, le Musée centennal de la chimie. En
parcourant lhistoire dun tableau de Léon Lhermitte
qui représente une « leçon
sur laluminium »de
Deville, on découvre non seulement que deux versions différentes
de cette toile ont été réalisées par le peintre,
mais aussi que la vérité historique y est quelque peu malmenée
Rapport
de la Société d'encouragement sur les titres de Henri Sainte-Claire
Deville, lauréat de
la Société d'encouragement
pour l'industrie nationale, Serge Benoit
En 1870, Henri Sainte-Claire Deville se voit décerner la grande
médaille annuelle de la Société dencouragement
pour lindustrie nationale. La Société, fondée
par Chaptal en brumaire an X (novembre 1801), présidée par
J.-B. Dumas de 1845 à 1884, joue un rôle majeur dans le rapprochement
entre science et industrie. La chimie est à lépoque
lune des disciplines à lavant-garde de cette liaison.
Deville, qui, curieusement, na jamais été membre de
la Société dencouragement, représente avec
ses travaux sur laluminium une illustration exemplaire des sciences
appliquées aux techniques industrielles. Les motivations du Comité
des arts chimiques sont exprimées dans le rapport présenté
en son nom lors de la remise des prix, document reproduit dans ce numéro.
Aluminium et ses alliages, Londres, Exposition
universelle, 1862, Henri
Sainte-Claire Deville
LExposition de Londres de 1862 est, après celle de Londres
en 1851 et celle de Paris en 1855, la troisième des grandes expositions
universelles. Ce sont des événements considérables.
On veut y montrer tous les produits de toutes les nations à
Paris, il y a eu 20 000 produits exposés et 5 000 000
de visiteurs Ce sont des vecteurs dune expansion économique
dont on espère quelle amènera le progrès social.
On y rend compte des progrès réalisés dans les sciences
et les techniques. On y présente les nouveaux produits.
Laluminium y a donc sa place. En 1855, les premiers lingots produits
au monde, obtenus par Sainte-Claire Deville, ont été exposés
au milieu des vases de Sèvres de lEmpereur. En 1862, deux
usines, lune en France à Salindres, lautre en Angleterre
à Washington fabriquent de laluminium. Toutes deux utilisent
le procédé chimique de Sainte-Claire Deville, désormais
bien au point. Auteur de la nouvelle industrie, celui-ci est lun
des cent experts de la section française du Jury international
de lexposition. Dans le rapport de celle-ci important ouvrage
en sept tomes il rédige le texte sur laluminium et
ses alliages reproduit ci-après.
Rapport
de la Société d'encouragement sur les titres de Henri Sainte-Claire
Deville à la grande médaille de Lavoisier (1871), Anselme
Payen
Anselme Payen (1795-1871), co-découvreur en 1833 de la première
enzyme, professeur au Conservatoire national des arts et métiers,
est membre du Comité des arts chimiques de la Société
d'encouragement, laquelle est présidée par J.-B. Dumas de
1845 à 1884.
Rapport paru dans le Bulletin de la Société d'encouragement
pour l'industrie nationale, 2e série, tome XVII, juillet-août
1870, p. 387-397.
Éloge funèbre de Henri
Sainte-Claire Deville (1881), Louis Pasteur
Une longue amitié lie Louis Pasteur (1822-1895) à Henri
Sainte-Claire
Deville depuis leur rencontre à l'ENS : ce dernier est maître
de conférences de chimie depuis quelques années quand Pasteur
est nommé, en 1857, administrateur et directeur des études
scientifiques. Ensemble, il siègeront à la section minéralogie
de l'Académie des sciences. Deville avait souhaité que ce
fût Pasteur qui prononçât son éloge funèbre,
dont l'Académie publie le texte dans le compte rendu de la séance
du 4 juillet 1881.
Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1881, 2e semestre,
XVIII, n° 1.
L'uvre
de Henri
Sainte-Claire Deville (1882), Henri Debray
Quand
Sainte-Claire
Deville est nommé
maître de conférences à l'ENS, il est accueilli par
un jeune agrégé-préparateur qui deviendra l'un de
ses plus proches collaborateurs et amis, Henri Debray (1827-1888). Ensemble,
ils signeront des publications sur les métaux de la mine du platine.
Membre de l'Académie des sciences en 1877, il remplace Deville
comme professeur à la Faculté des sciences à sa mort
en 1881. Pour la Revue scientifique, il écrit une biographie
éclairante de son maître et ami.
Article paru dans la Revue scientifique de la France et de l'étranger,
7 janvier 1882, 3e série, 2e année, (1er semestre, n° 1).
Éloges
historiques de Charles
et Henri Sainte-Claire Deville (1884), Jean-Baptiste Dumas
Jean-Baptiste
Dumas (1800-1884) est de 18 ans l'aîné de Deville. Sa double
carrière de chimiste et de responsable politique en fait un personnage
clé de la vie scientifique en France sous le second Empire. Il
joue un rôle déterminant à différentes étapes
du parcours de Sainte-Claire Deville et notamment ses nominations à
Besançon et à l'ENS. À plusieurs reprises, il défendra
les travaux de Deville et se fera son interprète.
Ces éloges ont été lus par leur auteur à la
séance publique annuelle du 5 mai 1884 à l'Institut de France
dont il est secrétaire perpétuel, puis publiés dans
Éloges et discours académiques, t. II, Gauthier-Villars,
Paris, 1884.
Chronologie
de Henri
Sainte-Claire Deville, Claude Sainte-Claire Deville
Cette chronologie, réalisée par l'arrière-arrière-petit-fils
de Henri Sainte-Claire Deville, a été établie à
partir des « Carnets » de Louis Sainte-Claire Deville,
neveu de Henri et mémorialiste de la famille. Elle présente
les principaux événements de la vie du chimiste ainsi que
ses écrits et publications.
|