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Le livre d’or de l’usine de la Glacière, 1856 – Sarah Nichols, Jean Plateau


Après avoir mis au point le procédé de fabrication de l’aluminium par voie chimique dans son laboratoire, Henri Sainte-Claire Deville, aidé par les frères Rousseau, en entreprend la production à l’échelle industrielle à l’usine de la Glacière, à Paris. Cet épisode est de courte durée car les riverains, gênés par la pollution, obtiennent le déménagement de l’usine. Néanmoins, Henri Sainte-Claire Deville a le temps d’y recevoir de prestigieux visiteurs venus découvrir à la fois le procédé et le nouveau métal. Le livre d’or de l’usine de la Glacière, conservé au Royal Ontario Museum, est une source précieuse : il permet de connaître les liens entre le savant et ses confrères français et européens. Enfin, les commentaires rédigés montrent bien à quel point l’invention de l’aluminium fut ressentie comme un moment historique, une innovation majeure.

Pechiney en Allemagne de 1945 à la fin des années 1960 - Jean-François Eck

À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, de multiples changements économiques bouleversent le jeu traditionnel de la concurrence dans l’industrie européenne de l’aluminium. Le traité de Rome et la législation sur les cartels, la construction de la communauté européenne et la suppression des barrières douanières, les négociations du Kennedy Round, sont autant de facteurs qui modifient considérablement les liens hérités de l’entre-deux-guerres. Les relations de Pechiney avec son homologue allemand sont anciennes et fortement influencées par l’existence de cartels successifs. Il en résulte une sorte de statu quo commercial où aucun des deux producteurs nationaux ne cherche à pénétrer sur le territoire de l’autre. L’implantation commerciale de Pechiney se fera donc tardivement, dans des marchés où il ne risquait pas de heurter de front les grands groupes allemands de chimie et d’aluminium.


L’aluminium européen dans les négociations commerciales du Kennedy Round - Matthieu Ly Van Luong

En septembre 1947, vingt-trois pays signent l’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, plus connu sous le nom de GATT. Quinze ans plus tard, en 1962, la promulgation du Trade Expansion Act permet à l’administration américaine d’entamer des négociations tarifaires sur les droits de douanes, que les diplomates étrangers appelleront le « Kennedy Round ». Face à la puissante nation américaine, la CEE, constituée depuis cinq années, fut obligée de trouver une position commune sur l’ensemble des matières commerciales produites. L’enjeu était de taille. La place de l’industrie de l’aluminium dans les négociations du Kennedy Round est très relative par rapport à celle de secteurs comme l’agriculture et le charbon. Néanmoins, les pressions des industriels furent très fortes, afin de protéger le marché européen des importations massives d’aluminium américain.

Pechiney en temps de guerre, 1939-1947 - Maurice Gaudinl

En 1939, Maurice Gaudin est un tout jeune ingénieur à l’usine d’alumine de Salindres, dans le Gard. Interné dans un camp en Suisse, il parvint à s’échapper et revint à Salindres. Il fut alors envoyé à Éguilles, où s’était repliée l’administration centrale de Pechiney. Là, il eut à participer aux réunions avec les Allemands qui souhaitaient l’aide des industriels français pour construire une nouvelle usine d’alumine. Ce fut l’occasion de nouer des contacts avec Ugine, le concurrent de toujours, et de résister à la pression allemande. Muté à Saint-Auban, il fut chargé d’assurer la fabrication de l’alumine, sous l’œil attentif des autorités allemandes. Il parvint néanmoins à ralentir notablement la production et à livrer une alumine de piètre qualité ; il put aussi dissimuler du matériel « en attendant ». Vint le moment de la Libération et le retour à Salindres, en 1945. Il réussit à faire redémarrer l’usine le 2 janvier 1946, et, malgré toutes les difficultés, à atteindre, fin 1947, une capacité de production de 60 tonnes par jour.