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Le maintien du site de Saint-Jean : un peu de lumière dans les
ténèbres. François Tessier
Nationalisé en 1981, Pechiney, sous la direction de G. Besse, entra
dans une phase de profonde restructuration, rendue nécessaire après
la fusion Pechiney Ugine Kuhlmann, et limmobilisme qui la caractérisa.
Parmi les usines visées, celle de Saint-Jean présente un
cas singulier : Pechiney choisit, en 1983, den faire sa vitrine
technologique et dy réaliser dimportants investissements.
Ce choix fut longtemps présenté par les uns comme le fruit
dune réflexion sentimentale, mettant en valeur lattachement
de Pechiney à son site originel, et par les autres comme une victoire
politique des élus locaux fortement mobilisés autour du
maintien de lactivité dans lusine.
La réalité, plus complexe, sappuie en fait sur des
contraintes financières et économiques fortes.
Pechiney au pays des Vikings. René Bonfils
À la fin du XIXe siècle, lindustrie
chimique commença à se développer en Norvège.
Société spécialisée dans ce domaine, PCAC
fut sollicitée comme conseil.
Cest par le biais dune mission dun de ses ingénieurs
quelle découvrit alors limmense potientel énergétique
du pays. Lorsque Badin chercha à développer industriellement
le procédé Serpeck pour la fabrication dalumine, il
sassocia à la Société norvégienne Electrokemisk.
La Det Norske Nitrid Aktiesselskap (DNN) fut créée le 20
août 1912. Conçue à lorigine pour la fabrication
de lalumine, son activité fut, dès 1913, réorientée
vers celle de laluminium. La première série délectrolyse
fut mise en fonctionnement en juillet 1914, mais la guerre provoqua de
graves perturbations, privant notamment les Norvégiens de laide
des ingénieurs français.
Passé le cap de la guerre, AFC choisit, en 1923, de sassocier
à Alcoa et British Aluminium afin de partager les lourdes charges
financières. Ce fut le temps de la gestion tripartite malaisée.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, lusine fut sous le strict contrôle
allemand, puis sous la seule gestion française, de 1945 à
1949. Entre 1950 et 1955, la reprise des activités à trois
fut loccasion de moderniser les usines, mais elle engagea une nouvelle
réflexion chez Pechiney : quitter ou non DNN. En 1957, confronté
aux tracas de ladministration norvégienne, à un climat
social ardu et à la complexité des relations à trois,
le Français décida finalement de se retirer de laffaire,
quarante-cinq ans après avoir contribué à sa création.
Larchitecture en couleur. Laluminium
anodisé et coloré dans la deuxième moitié
du XXe siècle. Jos Patrie
Lanodisation est une technique de coloration de laluminium
dont le premier procédé date de 1911. Après la Seconde
Guerre mondiale, de nouveaux progrès furent accomplis pour faciliter
les processus industriels et offrir de nouvelles gammes de couleurs. La
plupart des sociétés de production et de transformation
daluminium lancèrent des recherches dans cette voie. Les
chercheurs collaborèrent à léchelle internationale
et leurs travaux aboutirent à des dépôts de marques
successives.
Dans larchitecture, le recours à des éléments
en aluminium anodisés se généralisa à partir
de la même époque, encouragé par la demande des architectes.
Confrontés à la multiplication du nombre des anodiseurs,
les plus importants parmi eux décidèrent la création
dune association chargée de diffuser la connaissance technique.
Il sagissait, au travers dun label de qualité, de faire
la différence entre les bons et moins bons anodiseurs. Une mauvaise
anodisation portait, en effet, un préjudice considérable
à limage du produit et de la profession. Un label de qualité
fut créé, à léchelle européenne.
La durée du travail dans les usines daluminium
en France, de 1889 à lan 2000. Pierre Tortil
La fabrication de laluminium par électrolyse appartient à
la catégorie du produit à « feu continu ». Cette
continuité technique impose davoir en permanence dans lusine
un personnel suffisant pour surveiller, nuit et jour, la marche des cuves
délectrolyse.
En 1889, le temps de travail des ouvriers dans les premières usines
daluminium était de 84 heures hebdomadaires, soit douze heures
par jour, sans jour de repos. En 2000, il est de 35 heures par semaine,
soit 49 heures de moins. En plus dun siècle, la diminution
du temps de travail ne sest pas faite en douceur, loin sen
faut. Imposée par des lois successives, elle fut le plus souvent
mal acceptée par les industriels qui se mobilisèrent contre
ces décisions. Néanmoins, bon gré mal gré,
une entreprise comme Pechiney dut réfléchir en termes dorganisation
pour satisfaire à la législation. Selon les usines, les
solutions trouvées ne furent pas les mêmes, selon les catégories
de personnel non plus. La plus importante réduction du temps de
travail se fit avant la Seconde Guerre mondiale : en 1936, la durée
légale est de 42 heures, soit deux fois moins quen 1889.
Pendant le temps de guerre, ce chiffre est relevé à 48 heures
; il faudra attendre 1965 pour quil revienne à 42 heures.
1973, 1982 et 2000 sont les trois dernières années de baisse
et lon passa successivement de 40 h à 39 h, puis à
35 h.
Jules
Boulouvard, industriel provençal (1837-1919). Laurent Seigneurin
Jules Boulouvard fait partie des privilégiés à qui
A. R. Pechiney offrit une statue de la Vénus de Milo en aluminium.
Cette reconnaissance fut motivée par limportance des recherches
de J. Boulouvard dans le domaine chimique. Le premier brevet quil
déposa, en 1872, concernait la fabrication de la soude à
lammoniaque. Entré à la compagnie dAlais et
de la Camargue en 1881, il fut à lorigine de lintroduction
du four tournant destiné à la soude brute. En 1887, il entreprit
de perfectionner le procédé Weldon de fabrication du chlore
qui aboutit au dépôt dun nouveau brevet Weldon-Pechiney,
pour lequel J. Boulouvard reçut la médaille dor de
lExposition universelle de 1889.
En 1897, il quitta Pechiney pour prendre la direction de la Compagnie
générale des produits chimiques du Midi, mais y revint en
1905. Ingénieur-conseil, il intervint dans lactivité
de la compagnie jusquà sa mort, en 1919.
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