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L'ESPACE DES ENTREPRISES
La bauxite : de la Méditerranée à l'Afrique et au-delà.
Jacques Régnier
La bauxite, découverte par le chimiste Berthier en 1821 près
des Baux-de-Provence, est devenue à la fin du siècle dernier
le principal minerai d'aluminium. L'apparition des procédés
Bayer pour l'alumine et Hall-Héroult pour l'aluminium provoqua
une forte croissance des besoins jusqu'à la Première Guerre
mondiale.
Dans l'entre-deux-guerres, la progression se poursuivit jusqu'à
4,4 millions de tonnes en 1940. Mais la part française diminua
avec la venue de nouveaux pays producteurs en Europe (Yougoslavie, Italie,
Grèce, Hongrie) et en Amérique centrale où se développa
l'exploitation à ciel ouvert des gisements latéritiques
tropicaux.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, des prospections de groupes français
en Guinée aboutirent à d'importantes découvertes
dans ce pays. Enfin, la période de l'après-guerre fut celle
d'un développement prodigieux de l'aluminium qui conduisit, au-delà
du développement de la bauxite guinéenne, au déclin
des gisements de l'Europe méditerranéenne et à l'exploitation
des vastes réserves de bauxite tropicale du Brésil et essentiellement
de l'Australie.
" Le roi de l'alumine " : Georges Guilini
dans l'industrie de l'aluminium (1880-1978). Manfred Knauer
George Giulini, issu d'une famille d'origine italienne, eut un rôle
prépondérant dans l'industrie de l'alumine. L'entreprise,
établie à Ludwigshafen, importait de la bauxite en provenance
de France pour la transformer en alumine et alimenter ensuite le marché
allemand. Pendant les premières années de leur existence,
les différents producteurs français d'aluminium furent dépendants
de Giulini, ce qui valut à ce dernier le titre de " roi de
l'alumine ". Lorsque ces mêmes industriels construisirent leurs
propres unités de fabrication, la position de Giulini devint inconfortable
au point qu'il envisagea, lui aussi, de se lancer dans la production d'aluminium
avec de multiples solutions pour trouver des marchés captifs afin
d'alimenter son usine. Giulini et ses descendants essayèrent, en
vain, de faire de leur entreprise un acteur majeur de l'industrie mondiale
de l'aluminium.
Migration et mutation des lieux de la décision
dans la grande entreprise. Ludovic Cailluet
La Compagnie des produits chimiques et électrométallurgiques
d'Alais et de la Camargue (PCAC) fut fondée en 1855, à Lyon
; elle établit sa première usine et le siège de son
administration à Salindres, dans le Gard. La Société
électrométallurgique française (SEMF), constituée
à Paris en 1888, construit sa première usine d'aluminium
à Froges, dans l'Isère, et y installe son siège social.
Entre 1905 et 1919, la direction de ces deux firmes, puis leur administration,
vont se déplacer progressivement vers Paris.
Les motivations et les causes de cette migration sont plurielles. En changeant
de taille, PCAC et SEMF ont multiplié des besoins de financement
et d'ingénierie financière auxquels les banques locales
n'ont pu répondre. Le passage de l'entreprise patrimoniale à
l'entreprise managériale a conduit à se rapprocher du vivier
parisien pour recruter des gestionnaires professionnels. La Première
Guerre mondiale va accélérer ce mouvement avec le changement
des équilibres de capitaux et l'intervention de l'État dans
les entreprises. Ce mouvement vers Paris fut permis par l'apparition,
au sein de ces firmes, d'une gestion évoluée et systématique
et par la baisse des coûts de communication liée aux améliorations
des infrastructures nationales et des systèmes d'information internes.
La géographie socio-historique d'une ville
de l'aluminium : L'Argentière-la-Bessée (Hautes-Alpes).
Ian Cowburn, Sylvie Sciblo-Jaillet
Ce sont les approvisionnements électriques qui décidaient
de l'implantation des usines d'aluminium, à proximité des
chutes d'eau de montagne. En 1907, Gilbert Planche construit la Centrale,
et en 1909 la Société Électrométallurgique
Française construit l'usine d'aluminium à L'Argentière.
Les conditions de travail étaient très pénibles et
les ouvriers abandonnaient l'usine. Pour rétablir la situation,
on mit en chantier un programme de construction de logements pour ouvriers
avec leurs familles, des Polonais, des Marocains, des Africains, qui constituent
une grande partie de la population actuelle de L'Argentière. Ces
logements constituent la " Cité Amont " tandis que les
anciennes " casernes " des ouvriers célibataires forment
la " Cité Aval ", vers le crassier de l'usine. On construisit
aussi des bâtiments sociaux, crèche, église, dispensaire,
" phalanstère ", selon un plan géographique bien
défini. Lorsque Pechiney ferma l'usine, en 1985, les conséquences
sur l'économie locale et la ville elle-même furent catastrophiques.
Dix ans plus tard, L'Argentière se distingue des autres villes
d'implantation Pechiney par une reconversion exemplaire.
Laluminium
en Roumanie. Alexandre Herlea, Gheorghe Stamboli, Ioan Ciobanu
Riche en bauxite, la Roumanie fut, dès avant la Première
Guerre mondiale, un lieu dapprovisionnement pour les producteurs
daluminium français et suisse. Rapidement lindustrie
de laéronautique simpose comme le plus gros consommateur
de Roumanie. Parallèlement, un mouvement auquel participent des
personnalités politiques, militaires et universitaires, réclame
la création dune industrie nationale de production daluminium.
Seules des installations expérimentales seront développées.
Après la Seconde Guerre mondiale, linfluence soviétique
se traduit par la mise en place de plans dindustrialisation quinquennaux,
en particulier dans le domaine de lénergie électrique.
La décision de construire une usine daluminium est prise
en 1961 ; le premier lingot est coulé en 1965, avec lappui
de la technologie Pechiney. Depuis 1989, la situation économique
et politique du pays a considérablement changé, et lindustrie
roumaine de laluminium est sur la voie de la privatisation.
Aux
origines dAluminium en Grèce. Philippe Mioche, Ivan Grinberg
L'Aluminium de Grèce et son usine de Saint Nicolas, filiale de
Pechiney, est l'unique site de production d'aluminium et l'un des plus
importants établissements industriels hellènes par son chiffre
d'affaires et ses 1 800 salariés. Le projet de réaliser
cette usine est né en 1958-59 pour la partie française,
et l'usine commence à produire en 1966.
Quelles furent les motivations stratégiques du groupe français
dans son choix géographique ? Y répondre demande de croiser
la vision française, le marché mondial et le processus de
construction européenne.
TECHNIQUES ET PRODUITS
Cristallochimie de l'aluminium et essor industriel du XXe siècle.
Cyril et Georges Deicha
Les progrès des connaissances réalisées au cours
des récentes décennies, en matière de cristallochimie,
permettent une vision globale de la participation des atomes d'aluminium
aux structures des matériaux les plus divers, en commençant
par les roches de l'écorce terrestre ( le " Sial ", surtout
constitué d'alumino-silicates) et aboutissant à des produits
industriels. Ceux de la métallurgie de l'aluminium et de ses alliages
offrent de nombreux exemples de diversification. Dans tous les cas, les
rapports internes entre les individus cristallins (macles, épitaxies)
constituent des facteurs essentiels de comportement. L'évolution
des déséquilibres cristallogénétiques (surfusions,
sursaturations, etc.) les régit pour une large part.
L'affinage de l'aluminium. Jean-Paul Chareton
L'industrie du recyclage de l'aluminium est récente. Elle apparut
de façon significative après la Première Guerre mondiale,
lorsque le métal léger fut produit et consommé en
grande quantité. Elle fut, à l'origine, le fait de petites
entreprises familiales, qui s'organisèrent dans les années
1930 en sociétés plus importantes.
Cette activité s'appuie sur la récupération des déchets
et fit l'objet d'innovations techniques importantes après la Seconde
Guerre mondiale. La consommation d'aluminium de deuxième fusion
augmenta très rapidement à partir des années 1950
et intéressa aussi les producteurs d'aluminium primaire qui entreprirent,
à leur tour, la production d'aluminium d'affinage
L'aluminium et les explosifs. Daniel David
Dès la Première Guerre mondiale, il apparut que l'une des
principales applications militaires de l'aluminium était la fabrication
d'explosifs. Réducteur puissant, le nouveau métal était
employé en métallurgie préparative : c'était
l'aluminothermie. Mais ces propriétés pouvaient aisément
être appliquées à la recherche des réactions
extrêmement rapides, donc explosives, avec un violent dégagement
de gaz et de chaleur. Il en résulta de nombreuses propositions
d'inventeurs stimulés par la crise des explosifs. Elle incitait,
soit à rechercher des alternatives aux coûteuses compositions
nitrées (explosifs chloratés ou cryogéniques), soit
à augmenter la puissance de celles-ci par l'addition d'un nouveau
constituant.
Durant la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne suivit la même démarche
en recherchant l'explosif le plus puissant, à masse égale,
pour le chargement des armes V. Ce fut le Trialen 105, dont la composition
incluait 15% d'aluminium, ce qui augmentait considérablement l'effet
de souffle. L'aluminium, au même titre que le magnésium,
est toujours employé dans les compositions pyrotechniques.
L'aluminium et les miroirs de télescope.
Suzanne Débarbat, Monique Gros
La technique de l'argenture des miroirs de verre, mise au point vers 1840,
fut rapidement introduite dans les observatoires français. Les
" télescopes de Foucault " permirent alors la réalisation
de gros progrès.
Quand l'aluminium remplace l'argent, dans les années 1930, sa combinaison
avec les possibilités de fabriquer des disques de verre de grandes
dimensions ouvre de nouvelles portes à la recherche en astronomie.
Les découvertes d'objets de plus en plus faibles se suivent ; alliés
à la plaque photographique, les miroirs aluminiés permettent
l'obtention de clichés astronomiques d'une grande finesse. L'évolution
moderne des techniques conduit à l'optique adaptative, aux gigantesques
miroirs du very large telescope, aux télescopes multimiroirs...
mais aussi à l'usage de l'aluminium pour recouvrir de petites surfaces
de verre, de Zérodur ou de Cer-Vit réalisant des réflecteurs
utilisés dans des instruments de mesures astronomiques de haute
précision, employés notamment pour la détermination
du diamètre solaire.
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