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La décision dinvestissement, histoire dun partage dinfluences.
Le cas de laluminium de la fin du XIXe siècle aux années
1970. Anne Pezet
Au sein de lentreprise, la décision dinvestir sanalyse
généralement dans une perspective davenir. En faire
lhistoire permet den démontrer les mécanismes
a posteriori et de dessiner lévolution des différents
acteurs dans les processus décisionnels sur une longue période.
Dans lindustrie française de laluminium, la taille,
la technicité des investissements en capital ont longtemps donné
aux ingénieurs un poids considérable dans la prise de décision.
Les outils guidant les choix ont été façonnés
ou adoptés par les techniciens. Les autres acteurs, financiers
et commerciaux, discrets en période dexpansion, ont épisodiquement
remis en cause le monopole des ingénieurs. Les phases de récession
ont été loccasion de mettre en place des procédures
destinées à contenir la fougue technicienne (dans les années
1930 par exemple). Une certaine logique financière de groupe, apparue
dans les années 1960, complète le dispositif par la création
de nouveaux outils par la direction générale. Parallèlement,
la globalisation du marché conduit à sinterroger sur
des éléments plus qualitatifs lors du choix dinvestissement
(le risque politique ou les questions denvironnement par exemple).
La complexité de la décision dinvestir explique donc
leffacement relatif de lingénieur au profit dun
partage plus équitable des rôles et des pouvoirs au seuil
des années 1970.
Naissance de l'atelier « tôles fortes
» à l'usine d'Issoire. Gilbert Estrosi
Au début des années soixante, la pression du marché
aéronautique, soutenue par Sud-Aviation et Dassault, se conjuguait
à la volonté de l'État de développer une aviation
civile et militaire de prestige. Pour répondre à cette demande
il fallait des produits performants : les tôles fortes. Leur fabrication
constituait une première sur le plan technique. Cegedur ouvrit
un atelier autonome dans l'usine d'Issoire, l'ATF. L'État finançait
le projet en échange de quoi Cegedur s'engageait à fournir
de façon privilégiée des tôles fortes aux avionneurs
français pendant dix ans. Les études démarrèrent
en 1960. En 1962, on connaissait les besoins du programme Concorde, l'ATF
démarrait l'année suivante. Ensuite vint le temps de la
diversification des marchés (armement, chaudronnerie lourde, mécanique,
etc.). Après avoir travaillé pour Airbus industrie, aujourd'hui,
à Issoire, ce sont des tôles ultra fortes que l'on fabrique
pour satisfaire les besoins d'un client tout aussi exigeant
l'Américain
Boeing.
Arvida, ville moderne, cité modèle,
ville de laluminium. Lucie K. Morisset, Luc Noppen
En 1925, lAluminum Company of America, forte de leffort
de la Première Guerre mondiale, choisit dimplanter à
« 450 miles north of Boston » un nouveau complexe de fabrication
dalumine et daluminium. Autour, Arvida, ville destinée
à ses travailleurs, portait la promesse de lessor industriel
du « Nord ». Mais Arvida amenait au Québec bien plus
que la dynamique économique de lélectrométallurgie
: lieu de représentation pour la compagnie qui y escomptait sa
croissance, la ville a été projetée comme on projetait
les capitales, telle une véritable « Washington du Nord ».
Puis, assoiffée dimage et fort préoccupée détablir
un environnement favorable au travail des ouvriers, la compagnie mère
devenue Alcan en 1928 a couvé, avec un engouement
esthétique ostensible, les moindres détails de laménagement
architectural et urbain de sa ville : Arvida, telle une monumentale métropole,
serait le manifeste de sa modernité.
Arvida, pourtant peu connue, se révèle dun intérêt
capital pour une histoire des villes planifiées. De fait, au-delà
de lhistoire des villes industrielles, cest dans lhistoire
de larchitecture et de lurbanisme quArvida tient une
place à part ; le projet qui a guidé son développement,
dune envergure exceptionnelle, a aussi bénéficié
dune exécution minutieusement contrôlée qui
dévoile les conditions, les avatars et les évolutions indissociables
de la planification des villes. En transparence de la réalisation
du projet urbain, à travers les critiques, les difficultés
économiques et les inévitables révisions, cest
de cette aventure planificatrice, depuis la fondation jusquà
aujourdhui que cet article retrace lhistoire.
Sidem, une usine de transformation au Liban.
Paul Évrard, Robert Drouard
En 1948, la Société pour l'industrie des métaux,
Sidem, ouvrit une usine de laminage à Bourj-Hammoud dans la banlieue
nord de Beyrouth. Lorsque l'on voulut adjoindre au laminoir duo, une presse
à filer, la nouvelle usine fut construite à Zouk-Mosbeh
à vingt km au nord de la capitale libanaise en pays chrétien,
localisation qui permit à l'usine de continuer à travailler
pendant la guerre. Ce fut grâce à une collaboration étroite
avec Cegedur que put se développer cette entreprise et que ses
produits conquirent le marché du Proche-Orient. L'AF soutenait
cette société en la personne du directeur général
adjoint tandis qu'en 1965, à la suite du décès du
fondateur Joseph Hacho, O. Bes de Berc en devenait président. Au
début des années soixante-dix la capacité de production
de l'entreprise crût. Faibles coûts salariaux et localisation
géographique privilégiée ont permis à la Sidem
de continuer à répondre à ses engagements malgré
la guerre. Cette entreprise servit de référence pour la
construction d'usines analogues en France et en Allemagne. Pourtant, Pechiney
se retirait en 1987.
L'Aluminium Français et la promotion de
l'aluminium dans l'industrie automobile en France entre 1933 et 1958.
Jean-Jacques Baron
Il revenait à L'AF d'explorer les différents marchés
possibles pour l'aluminium. En octobre 1933, après avoir achevé
ses études à l'École centrale ainsi que son service
militaire, Jean-Jacques Baron a été recruté par Jean
Dupin, alors président de L'Aluminium Français, afin de
développer les emplois de l'aluminium dans l'automobile. Dès
la fin des années vingt la voiture "tout alu" était
techniquement réalisable. Mais le coût et surtout l'amortissement
des recherches restaient incertains pour les constructeurs d'automobiles.
Pour diffuser ses produits, L'AF assuma la charge de recherche et de développement
afin de permettre l'emploi des nouvelles technologies.
Les acquis de la période furent nombreux et les constructeurs d'automobile
eurent bientôt la possibilité d'employer des pièces
en alliage d'aluminium telles que des culasses de moteurs à explosion,
les blocs cylindre, les châssis de voiture en aluminium ou d'utiliser
de nouveaux procédés de mise en forme du métal comme
l'embouti. En 1946, la Dyna-Panhard sortait en série. Pourtant,
l'heure de la voiture "tout alu", même si elle était
plus légère, consommait et polluait moins n'était
pas encore arrivée.
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