CAHIERS D'HISTOIRE DE L'ALUMINIUM
HORS SÉRIE N°1
L'EUROPE DE L'ALUMINIUM (1945-1975)

  INTRODUCTION (extraits) :

" Ce Hors Série n° 1 des Cahiers d’histoire de l’aluminium intitulé L’Europe de l’aluminium (1945-1975) offre aujourd’hui la possibilité de lire les actes d’un colloque tenu en 1998 et nouveau dans son approche globale d’un secteur industriel appréhendé à l’échelle européenne.
[…]
Au lendemain de la guerre, passée l’époque de la Reconstruction, la crainte de voir le surplus de métal américain inonder le marché européen fut rapidement écartée, à la faveur du déclenchement de la guerre de Corée. La course aux capacités de production s’engagea, et chaque producteur européen chercha à rattraper le retard accumulé sur le modèle de référence, Alcoa (Knauer). Selon les pays, les obstacles rencontrés furent différents : en France, après le choc de la nationalisation de l’électricité (1946), les deux producteurs nationaux tentèrent d’anticiper les effets du Traité de Rome, de peser sur l’élaboration du Tarif extérieur commun (TEC) et de contrecarrer la stratégie américaine en œuvre avec les négociations du Kennedy Round (Hachez-Leroy). La recherche de ressources énergétiques abondantes et bon marché constitua un deuxième élément déterminant dans les stratégies de développement des industriels. La capacité des États à mettre à disposition l’énergie nucléaire ou hydroélectrique influença les choix d’implantation de nouveaux sites d’électrolyse (Lesclous, Rinde).

L’analyse de l’organisation des entreprises d’aluminium en Europe permet de montrer, de façon inédite, leur aptitude à anticiper ou répondre aux changements exogènes. Le cas norvégien est largement influencé par le modèle de gestion socialiste (Amdam) ; la volonté d’ " européaniser " ses cadres et fonctions domina particulièrement la stratégie d’Alcan (Lanthier) ; Alusuisse présente un visage timoré et beaucoup de lenteur dans ses choix stratégiques (Paquier) ; enfin Baco, figée dans un mode de gouvernance trop ancien, tomba dans l’escarcelle du producteur américain Reynolds (Cailluet).

Parallèlement, l’Europe devenait un marché prometteur, à fort potentiel de développement, dans lequel chacun chercha à prendre ou à défendre ses positions ; le développement de la transformation de l’aluminium, en demi-produits et dans certains cas en produits finis, fut l’objet de stratégies tout aussi décisives. Les acquisitions et implantations de fonderies ou usines de laminage par exemple, furent influencées par les marchés auxquels elles pouvaient donner accès. Les producteurs allemands, privés un temps de la possibilité de fabriquer de l’aluminium, s’attachèrent à rattraper leur retard technologique dans la transformation (Maier). Le cas du Benelux est, à ce titre, exemplaire : exempt de producteurs nationaux, doté d’un tissu épars de petites entreprises familiales, l’industrie de la transformation y devint un secteur économique très important (Fonteyne).
Les articles publiés dans ce Hors Série des Cahiers offrent donc un regard nouveau sur un acteur majeur de l’économie européenne, l’industrie de l’aluminium. Leur lecture incitera, nous l’espérons, les chercheurs comme les industriels, à favoriser l’émergence de nouveaux travaux qui compléteront, dans le temps et l’espace géographique, cette première approche d’une vision européenne de l’économie. "
 
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